«Il étoit, comme vous savez, monsieur, d'une taille assez haute, fort agréable et fort dégagée. Il avoit le visage rond, et de vives et belles couleurs y paroissoient toujours dans sa santé; mais il avoit la vue fort courte, et ce défaut ayant commencé à sa naissance, il ne fit que s'augmenter et devenir presque extrême par l'âge. Ses dents étoient mal arrangées, et plus jaunes que blanches. Ses cheveux étoient d'un châtain fort brun, et se frisoient naturellement; tout son air avoit quelque chose de propre et d'élégant qui auroit extrêmement plu, et qui l'auroit rendu très-aimable, s'il n'y eût point eu aussi en tout cela de l'affectation et de la contrainte. L'une et l'autre se trouvoient même en son entretien, où, quoiqu'il parlât très-éloquemment, et que ce qu'il disoit ne fût pas vide de pensées subtiles, raisonnables et surprenantes, par tout ce qu'elles avoient de nouveauté et de justesse, d'ingénieux et de savant, il y avoit néanmoins toujours je ne sais quoi de trop peiné, qui en ôtoit la grâce, en faisant voir qu'il avoit trop d'application à mettre en ordre ce qu'il disoit, et trop de soin de l'embellir et de l'orner. Ce fut cela même qui obligea un jour M. Scarron, dont l'esprit étoit vif et tout rempli de naïves grâces, qui ne connoissoient aucune étude, et qui agissoient partout librement, de dire de lui à l'oreille de quelqu'un de ses amis: «Bon Dieu! que j'aimerois bien mieux qu'il dît sans y prendre garde mangy pour mangea, et qu'il donnât des soufflets à Ronsard, que de parler toujours si bien et si juste!» (Vie de Costar, suivie de la Vie de Louis Pauquet, manuscrit du temps, communiqué par M. Aimé Martin. Nous nous proposons de donner ces deux ouvrages à la suite de ces Mémoires.)
[84] Ce laquais s'appeloit Dugue; il devint valet-de-chambre de Costar. Ce dernier avoit en outre un lecteur nommé Depoix, «plein d'esprit, qui lui lisoit infatigablement tout ce qu'il vouloit lui faire lire, d'une voix nette et claire, sans prendre jamais un mot pour l'autre.» L'abbé Pauquet étoit le secrétaire en titre, «qui lui rendoit les plus grands et les plus importants secours dans toutes ses écritures, dont il avoit besoin de conserver jusqu'aux moindres lignes et aux moindres syllabes. Elles méritoient qu'on eût ce soin, continue l'auteur anonyme, car elles lui avoient été si utiles, qu'elles lui avoient produit dix mille livres de rente; elles lui avoient donné pour près de douze mille francs de vaisselle d'argent, et pour une somme considérable d'autres meubles, qui lui pouvoient servir, et pour le nécessaire et pour le plaisant.» (Vie Manuscrite déjà citée.)
[85] Fondateur des Lazaristes, le vénérable saint Vincent de Paul.
[86] Le cardinal de Retz.
[87] M. du Mans conserva néanmoins une bien mauvaise réputation; car après sa mort, des prêtres ordonnés par lui, et notamment le célèbre Mascaron, furent ordonnés de nouveau sous condition. (Vie de Saint-Évremont, par Des Maiseaux, à la tête de ses Œuvres, 1753, in-12, t. 1, p. 31.)
[88] Encastelé se dit d'un cheval qui a la corne du pied trop serrée. Pris au figuré, il signifie ici un esprit trop étroit.
[89] Voyez la Lettre 9 de Voiture, où il raconte à mademoiselle de Bourbon, depuis duchesse de Longueville, qu'il a été berné comme Sancho Pança dans le roman de Cervantes.
[90] Voyez la lettre 95 de Voiture, écrite à madame de Rambouillet. Le Valentin est un château situé près de Turin.
[91] Allusion à un passage de la Requête des Dictionnaires de Ménage, où il est dit que Colletet prenoit souvent Renard pour Marte. (P. 13 de l'édition in-4o de 1652.)
[92] Gilbert Gaulmin, maître des requêtes, puis conseiller d'État, mourut en 1665, à l'âge de quatre-vingts ans. On a de lui de savants ouvrages; mais il est encore plus célèbre par ses liaisons avec les érudits et les gens de lettres de son temps.