Il eut encore une querelle avec le duc de Retz[113], petit-fils d'Albert de Gondi et fils du marquis de Belle-Ile. M. de Montmorency avoit été accordé, et même marié, mais sans coucher ensemble, avec l'héritière de Beaupréau; mais la Reine-mère fit rompre le mariage pour lui donner une de ses parentes de la maison des Ursins[114] qu'elle fit venir exprès[115]. Depuis, M. de Retz épousa mademoiselle de Beaupréau, et M. de Montmorency, au lieu de duc de Retz, l'appela duc de mon reste. On les accorda sur l'heure.
Sa femme, qui n'étoit pas une fort agréable personne, devint bientôt jalouse de lui. Cependant, pourvu qu'il lui fît confidence de ses galanteries, elle ne lui donnoit point de peine, mais elle ne vouloit pas qu'il lui mentît. M. de Montmorency avoit une telle vogue, qu'il n'y avoit pas une femme de celles qui avoient un peu la galanterie en tête, qui ne voulût, à toute force, en être cajolée, et il en est venu des provinces exprès pour tâcher à lui donner dans la vue. C'est pour cela que la marquise de Sablé, toute délicate qu'elle étoit en gens, en faisoit un très-grand cas, et c'est avec lui qu'elle a le plus fait de galanteries.
Pour la guerre, c'étoit un fort ignorant homme; il le fit voir quand il se fit prendre. On en trouva une centurie dans Nostradamus qui est étonnante. Il y a:
Neuve[116] obturée[117] au grand Montmorency,
Hors lieux prouvés[118] délivre à clere peine[119].
Mené à Toulouse au commencement, il déclina disant que c'étoit au Parlement des pairs à le juger; mais il s'en désista en disant: «A quoi servira de chicaner ma vie? Je serai aussi bien condamné à Paris qu'ici.» Il envoya sa moustache, sa cadenette (on n'en portoit qu'une au côté gauche en ce-temps-là) à sa femme avec une lettre. Cette pauvre femme se retira à Moulins dans un couvent[120] où elle pleura tant, que de voûtée qu'elle étoit devenue d'une grande fluxion, elle devint droite comme auparavant, sa fluxion s'étant écoulée par les yeux. Mairet, en lui dédiant une tragédie, lui donna la qualité de Très-inconsolable princesse. Elle a fait faire un tombeau magnifique à son mari[121], et elle a pris cette année l'habit de religieuse.
M. DE BAUTRU[122].
M. de Bautru est d'une bonne famille d'Angers. Il a été conseiller au grand conseil. En ce temps-là, il épousa la fille d'un maître des comptes, nommé Le Bigot, sieur de Gastines. Cette femme ne se mettoit point dans le monde; elle ne sortoit guère. «Oh! la bonne ménagère!» disoit-on. On la donnoit pour exemple aux autres. Enfin il se trouva qu'elle ne sortoit point parce qu'elle avoit son galant chez elle. C'étoit le valet-de-chambre de son mari. Bautru fit mourir ce galant à force de lui faire dégoutter de la cire d'Espagne sur la partie peccante[123]; d'où vient que Saint-Germain, croyant que c'étoit Bautru qui avoit fait les vers[124] sur la retraite de Monsieur, avoit mis dans la réponse:
Quand il cacheta près du c.