Ne bat personne,

Cependant il me bâtonne.

La première fois qu'il alla au Louvre après cela, chacun ne savoit que lui dire. «Eh quoi, leur dit-il, croit-on que je sois devenu sauvage, pour avoir passé par les bois?» Il n'a jamais pu s'empêcher de médire; et comme les chiens ne mordent guère sans avoir des coups de bâton, le pauvre Bautru ne manqua pas d'en avoir, car il n'eut pas la discrétion d'épargner M. d'Épernon. S'il n'a dit que ce que j'en ai ouï dire, je trouve le mot assez méchant pour mériter quelque correction, mais non pas si rude. Il y avoit un vieil Espagnol à la cour qu'on appeloit Gilles de Metz (un de ces Espagnols qui furent chassés avec Antonio Pérez); Bautru disoit: «N'est-ce pas une chose étrange que Gilles de Metz passe pour si vieux? M. d'Epernon est son père, car on sait bien qu'il à fait Gilles de Metz[125].» Les Simons (c'étoient les donneurs d'étrivières de chez M. d'Epernon) l'étrillèrent comme il faut. Quelque temps après, un de ces satellites, en passant auprès de lui, se mit à le contrefaire comme il crioit quand on le battoit. Bautru ne s'en déferra point, et dit: «Vraiment, voilà un bon écho, il répond long-temps après.» Bautru alla voir la Reine, et il avoit un bâton. «Avez-vous la goutte? lui dit-elle.—Non, madame.—C'est, dit le prince de Guémenée, qu'il porte le bâton comme saint Laurent porte son gril: c'est la marque de son martyre[126]

Il eut aussi de grands démêlés avec M. de Montbason, pour en avoir fait cent railleries, comme: que c'étoit un homme bien fait, qu'il n'y avoit pas au monde de plus beau corps-nu (il équivoquoit sur cornu). D'ailleurs le bon homme avoit su que l'Onosandre[127] étoit une pièce contre lui. La Reine-mère accommoda cela, et on dit que M. de Montbason, entre autres choses, l'ayant menacé de coups de pied, il faisoit remarquer à la Reine-mère: «Madame, voyez quel pied! que fût devenu le pauvre Bautru?» M. de Montbason étoit fort grand et puissant. Mais Bautru ne fut pas traité si doucement de la belle-mère que du gendre. Il avoit, dit-on, fait galanterie avec la comtesse de Vertus, et il en avoit fait des médisances épouvantables. Elle s'en voulut venger, et pour cela elle s'adressa au marquis de Sourdis, qui lui promit, comme il le fit, de lui donner des coups de bâton sur le quai de l'Ecole; et elle étoit à la Samaritaine pour en avoir le plaisir. Le marquis le traita plus humainement que les Simons, mais il eut pourtant quelques coups.

A la province, je ne sais quel juge de bicoque l'importunoit trop souvent. Un jour que cet homme vint le demander, il dit à son valet: «Dis-lui que je suis au lit.—Monsieur, il dit qu'il attendra que vous soyez levé.—Dis-lui que je me trouve mal.—Il dit qu'il vous enseignera quelque recette.—Dis-lui que je suis à l'extrémité.—Il dit qu'il vous veut dire adieu.—Dis-lui que je suis mort.—Il dit qu'il veut vous donner de l'eau bénite.» Enfin il le fallut faire entrer.

Il disoit du Père Pradines, cordelier, son confesseur, qu'il étoit aussi noble que le grand-duc, et qu'il venoit de quatre têtes couronnées de Cordeliers de père en fils. On avoit donné à ce Père un brevet de confesseur des Enfants de France jusqu'à l'âge de sept ans, et on ne se confesse qu'à cet âge-là.

Le cardinal de Richelieu en faisoit cas, et disoit qu'il aimoit mieux la conscience d'un Bautru que de deux cardinaux de Bérulle. Il l'envoya en Espagne, en qualité d'envoyé seulement; et le comte-duc lui montrant son gallinero, il lui dit que le Roi, son maître, lui envoyoit dellos gallos. L'autre se plaignit qu'on lui envoyoit des bouffons.

Ce fut par le conseil de Bautru que le cardinal ne fit point imprimer cette harangue qu'il prononça au Parlement, et qui avoit fait tant de bruit. Pour l'en détourner, il lui dit ce passage d'Horace, de Arte poeticâ:

Segniùs irritant animos demissa per aures

Quàm quæ sunt oculis subjecta fidelibus......