Il prêchoit sur ces paroles: J'ai acheté une métairie, je m'en vais la voir. «Vous êtes un sot! dit-il, vous la deviez aller voir avant que de l'acheter.»
A la fête de la Madeleine, il se mit à décrire les galants de la Madeleine; il les habilla à la mode: «Enfin, dit-il, ils étoient faits comme ces deux grands veaux que voilà devant ma chaire.» Tout le monde se leva pour voir deux godelureaux qui, pour eux, se gardèrent bien de se lever. Un jour, il lui prit une vision, après avoir bien harangué contre la débauche de cette pauvre pécheresse, de dire: «J'en vois là-bas une toute semblable à la Madelaine; mais, parce qu'elle ne s'amende point, je la veux noter, et lui jeter mon mouchoir à la tête.» En disant cela, il prend son mouchoir et fait semblant de le vouloir jeter: toutes les femmes baissent la tête. «Ah! dit-il, je croyois qu'il n'y en eût qu'une, et en voilà plus de cent.» Il remit une fois à prêcher sur ce sujet, à cause de la fête de Notre-Dame, qui étoit le lendemain, et, continuant la suite de l'Evangile: «Voilà, dit-il, la Madelaine qui entre, et moi je sors.» Et il s'en alla. Il disoit qu'il y avoit des Madelains aussi bien que des Madelaines. «Notre père saint Augustin, dit-il, a été long-temps un grand Madelain.» Puis, décrivant les parfums de la Madelaine: «Elle avoit de l'eau. De l'eau d'ange? C'étoit de l'eau d'ange noir, de l'eau de diable, de l'eau de Satan.»
Cela me fait souvenir d'un conte qu'on fait d'un prédicateur du temps de François Ier. «La Madelaine, disoit-il, n'étoit pas une petite garce, comme celles qui se pourroient donner à vous et à moi; c'étoit une grande garce comme madame d'Étampes[326].» Cette madame d'Étampes lui fit défendre la chaire. Quelques années après, ayant été rétabli, le jour de la Madelaine, il dit: «Messieurs, une fois pour avoir fait des comparaisons je m'en suis mal trouvé. Vous imaginerez la Madelaine telle qu'il vous plaira. Passons la première partie de sa vie, et venons à la seconde.»
Le père André comparoit une fois les femmes à un pommier qui étoit sur un grand chemin. «Les passans ont envie de ses pommes; les uns en cueillent, les autres en abattent: il y en a même qui montent dessus, et vous les secouent comme tous les diables.»
Il disoit aux dames: «Vous vous plaignez de jeûnes; cela vous maigrit, dites-vous. Tenez, tenez, dit-il, en montrant un gros bras, je jeûne tous les jours, et voilà le plus petit de mes membres.»
«Toutes les femmes sont des médisantes, disoit-il; je gage qu'il n'y en a pas une qui ne la soit pas: qu'elle se lève;» puis il s'arrête. «Hé bien! continue-t-il, vous voyez que pas une n'ose se lever.»
Un avocat s'alla confesser à lui, et lui dit fort peu de chose. Il lui ordonna pour pénitence d'aller l'après-dînée à son sermon: l'avocat y fut. L'Évangile du jour étoit: Dæmonium mutum, etc. «Savez-vous, dit-il, ce que c'est que Dæmonium mutum? Je m'en vais vous le dire: C'est un avocat aux pieds du confesseur. Au barreau ils jasent assez; devant un confesseur, au diable le mot, vous n'en sauriez rien tirer.»
Il en vouloit au curé de Saint-Severin. Il fit tomber le discours sur la bergerie, et qu'il falloit de bons chiens pour la garder. «Vous autres, dit-il aux paroissiens, vous avez un bon chien de curé.»
Pour montrer que l'honneur étoit plutôt in honorante quam in honorato (à celui qui honoroit qu'à celui qui étoit honoré): «Par exemple, disoit-il, quand je rencontre mon cousin, le président Boullanger que voilà, il me fait le pied de veau, et le pied de veau lui demeure.»
Pour cajoler M. Talon, l'avocat-général, qui l'écoutoit, il dit, en parlant de Cicéron: «Cicéron, messieurs, c'étoit un grand avocat-général.»