Ce projet de la Bibliothèque universelle, comme on l’a appelé, plus séduisant dans la forme que réalisable dans la pratique, ne fut pas exécuté. D’un côté l’insuffisance des fonds accordés à la Bibliothèque, l’augmentation prodigieuse du nombre des ouvrages entrés depuis une cinquantaine d’années ne permettaient guère de reprendre l’impression du catalogue, et d’un autre côté, il ne fallait pas compter sur un grand empressement de la part des bibliothèques à répondre à un appel qui tendait à les amoindrir.

A la même époque la question du déplacement de la Bibliothèque était à l’ordre du jour; il s’agissait de la transférer au Louvre. Dès 1801, le ministre de l’Intérieur, Chaptal, exposait dans un rapport les raisons d’intérêt supérieur qui selon lui devaient faire adopter ce projet: «L’espace manque au développement de tant de richesses[48]... Le peu de solidité de l’édifice nécessite des réparations ruineuses et sans cesse renaissantes, placé au milieu de théâtres nombreux[49], entouré et presque confondu dans des maisons habitées, la sûreté du riche dépôt qu’il renferme est menacée à chaque instant. La translation de la Bibliothèque nationale au Louvre présente tous les avantages qu’on peut désirer: 1o elle assure la conservation de ce précieux dépôt; 2o elle réunit dans le même lieu la plus riche bibliothèque du monde à la plus belle collection de peinture et de sculpture qu’on connaisse: par elle, les chefs-d’œuvre de Phidias, de Raphaël et de Racine n’auront plus qu’un même temple; 3o elle établit dans le centre de ces monuments éternels du génie le corps littéraire, l’Institut qui en est le conservateur né; 4o elle termine enfin le beau palais du Louvre et donne pour asile aux chefs-d’œuvre de l’esprit humain le chef-d’œuvre de l’architecture. Sans doute il en coûtera des sommes considérables pour opérer cette translation; mais la vente des bâtiments qu’occupe en ce moment la Bibliothèque fournit en partie à la dépense; d’ailleurs la nécessité de cette translation est tellement sentie, si vivement sollicitée que la différer et exposer par le retard la Bibliothèque nationale à périr serait un crime de vandalisme dont aucun motif d’économie ne pourrait absoudre.»

Sur les ordres de l’empereur, le ministre de l’Intérieur Crétet prescrivit le 7 septembre 1807 un recensement général des collections et une évaluation de l’espace à ménager pour l’avenir. Le dénombrement des collections fait à cette époque, donna les chiffres suivants:

252,000 volumes imprimés. (Dans ce nombre on avait compté pour un volume seulement des recueils renfermant 20, 30, 40 et quelquefois 50 pièces).

83,000 volumes manuscrits.

85,000 monnaies, médailles, jetons, etc., etc.

1,250 pièces gravées.

4,600 bronzes, antiques, etc., etc.

4,626 volumes contenant environ 1,500,000 estampes.

La mise à exécution des projets de l’empereur, au sujet du déplacement de la Bibliothèque, se borna à cette opération. Des réformes qu’il avait en vue, il ne vit s’accomplir, et encore temporairement, que celles qui concernaient l’organisation administrative de la Bibliothèque. Le Consulat, qui ramenait partout le pouvoir à la centralisation, établit dans la Bibliothèque l’unité administrative et la responsabilité d’un seul. L’arrêté de Lucien Bonaparte, ministre de l’Intérieur, en date du 28 vendémiaire, an IX, créait une place d’administrateur et nommait: