Comme son prédécesseur, il tenait de ses aïeux une belle bibliothèque, celle des comtes d’Angoulême; son avènement en procura la possession à la France. C’était pour la librairie de Blois un important développement. L’origine de cette bibliothèque remontait à Jean le Bon, fils de Louis d’Orléans et frère de Charles, dont il avait les goûts littéraires. Fait prisonnier, comme ce dernier, à la bataille d’Azincourt, il occupa, à son exemple, les loisirs de son exil à rechercher, à faire exécuter et à copier lui-même des manuscrits. Le manuscrit 3638 du fonds latin conservé à la Bibliothèque nationale est écrit de sa main. La collection qu’il avait rassemblée s’augmenta par les soins de son fils, Charles d’Angoulême, qui, indépendamment des manuscrits, voulut posséder des volumes imprimés, et François, avant d’être roi, l’avait encore enrichie d’une dizaine de manuscrits qui lui avaient été dédiés.
Le règne de François Ier commençait ainsi bien heureusement pour la Bibliothèque. Le goût marqué du roi pour les manuscrits, et surtout pour les manuscrits grecs ou orientaux, fit faire de rapides progrès à cette partie de nos collections. Pour avoir ses livres sous la main, François Ier les plaça dans la galerie supérieure du château de Fontainebleau. En même temps il en faisait rechercher et acheter en Italie, en Grèce et en Orient. C’est ainsi que Jérôme Fondule procura au fonds royal 60 volumes grecs pour lesquels il reçut une somme de 4000 écus d’or. Jean de Pins, évêque de Rieux, notre ambassadeur à Venise, avait recueilli 18 manuscrits grecs qui, après sa mort, entrèrent à la Bibliothèque de Fontainebleau. Guillaume Pélicier, évêque de Montpellier, son successeur à Venise, y fit copier, pour le compte du roi, des volumes grecs et hébreux. Nos ambassadeurs à Rome, George de Selve, évêque de Lavaur, George d’Armagnac, en rapportèrent également des manuscrits grecs. En Orient, Guillaume Postel, Juste Tenelle, Pierre Gille travaillèrent à l’accroissement des collections royales. Les étrangers mêmes, Ant. Eparque, le poëte de Corfou, Jean Gaddi, Antoine Asulan, Jean Lascaris, firent don au roi de manuscrits exécutés ou recueillis par leurs soins. A la tête de tous ces hommes éminents par la science et par les fonctions, se place le célèbre helléniste Guillaume Budé. Nommé par le roi maître de la librairie en 1522, titre nouveau qui remplaça désormais celui de garde de la librairie, il mit au service de la Bibliothèque sa grande influence auprès de François Ier et sa vaste érudition. Sous sa direction, la collection royale parvint à un haut degré de prospérité. En 1527, la confiscation des biens du connétable de Bourbon vint encore l’enrichir et lui ajouter un nouvel éclat.
Guillaume Budé mourut en 1540; il eut pour successeur dans la charge de maître de la librairie Pierre Du Chatel. Ce fut sous l’administration de ce dernier que la Bibliothèque de Fontainebleau s’accrût des livres qui composaient la librairie de Blois. Cette collection avait été soigneusement conservée par les hommes qui, après le règne de Louis XII, en avaient eu la garde, Adam Laigre, aumônier de la reine, Guillaume Petit, l’auteur de l’inventaire de 1518 et Jacques Lefèvre d’Etaples. Au moment où la Bibliothèque de Blois fut installée au château de Fontainebleau, elle se trouvait placée sous la direction de Jean de la Barre. Ce fut celui-ci qui, conjointement avec le poëte Mellin de Saint-Gelais, maître de la Chambre des comptes de Blois, fut chargé de dresser un nouvel inventaire et de faire transporter les livres au nouveau palais de François Ier. Cette réunion eut lieu entre les mains de Mathieu Lavisse, le 15 juin 1534. Mellin de Saint-Gelais suivit les collections de Blois à Fontainebleau, où il exerça les fonctions de garde de la librairie. A la fin du règne de François Ier, il y avait donc à la tête de la Bibliothèque de Fontainebleau un maître de la librairie, P. Du Chatel, et deux gardes, Mellin de Saint-Gelais et Mathieu Lavisse.
DE HENRI II A HENRI IV. (1547-1559).
François Ier ne se contenta pas de réunir des livres; il les livra généreusement aux savants qui avaient besoin d’y recourir. Le premier résultat de ces mesures libérales fut la mise en état des volumes qui étaient l’objet de communications et le développement de l’art de la reliure. A cette époque, la reliure était un art et, à ce titre, François Ier lui devait une protection qu’il ne lui marchanda pas. On compte dans les collections de la Bibliothèque nationale un assez grand nombre de volumes manuscrits et imprimés, reliés aux armes de François Ier: les couvertures attestent le bon goût de ce prince et le talent de l’artiste qui les a exécutées. Elles sont en cuir et portent généralement les armes de France accompagnées d’F couronnées et de la salamandre.
Henri II aimait, comme son père, les belles reliures. On n’évalue pas à moins de huit cents le nombre des volumes qui ont été reliés pour son compte. Ils se distinguent par des H couronnés, des D et des C entrelacés, des croissants, des arcs et des carquois. Les uns ont cru voir dans ces emblèmes les marques de l’amour du roi pour Diane de Poitiers, les autres un hommage à Catherine de Médicis. Quoi qu’il en soit, tous ces volumes se recommandent à notre admiration par la beauté et la richesse des ornements qui les décorent, par la variété et la délicatesse des dessins qui les recouvrent. Les reliures aux armes de François II, de Charles IX, de Henri III, encore plus rares, ne sont pas moins dignes d’attention, ce sont des monuments précieux qui prouvent le degré de perfection auquel l’art de la reliure était parvenu à cette époque, en même temps qu’ils rappellent la protection et les encouragements que les Valois lui accordèrent. Des amateurs célèbres, les Grolier, les Maïoli, dont les reliures sont aujourd’hui si hautement appréciées, furent leurs contemporains.
Ce n’est d’ailleurs qu’en raison de leur goût pour les belles reliures que les descendants de François Ier méritent d’être cités dans une histoire de la Bibliothèque du roi, car à part la collection de livres du président Aymar de Ranconnet qui, à ce qu’on pense, fut réunie aux biens de la couronne par François II, la Bibliothèque ne reçut, sous leur règne, aucun accroissement sérieux. Les guerres civiles et religieuses qui déchiraient alors la France arrêtèrent ses progrès malgré les efforts des hommes remarquables auxquels ces princes en avaient confié la garde.
A la mort de François Ier, Pierre Du Châtel avait continué ses fonctions de maître de la librairie, et il avait usé de son crédit auprès de Henri II pour attirer la protection du roi sur la Bibliothèque. Sous sa direction, Ange Vergèce travailla à la rédaction d’un inventaire des manuscrits grecs de la librairie de Fontainebleau, contenant l’indication de 260 volumes, suivi bientôt d’un second catalogue dressé par Constantin Palœocappa. P. Du Châtel mourut en 1552 et fut remplacé dans la charge de maître de la librairie par Pierre de Montdoré, conseiller au grand Conseil. Ce savant mathématicien resta à la tête de la Bibliothèque du roi jusqu’en 1567; à cette époque, il fut accusé d’être partisan de la réforme et obligé de s’enfuir. Son successeur fut le célèbre traducteur de Plutarque, Jacques Amyot. Plus heureux que P. de Montdoré, Amyot garda sa charge jusqu’à sa mort en 1594, mais il ne paraît avoir apporté à la Bibliothèque que l’éclat de son nom: son administration n’a guère laissé que le souvenir des facilités qu’il donnait aux savants pour consulter les livres du roi.
Au-dessous de J. Amyot, Jean Gosselin exerçait les fonctions de garde de la librairie, et ce fut lui qui, sous le règne de Charles IX, reçut l’ordre de faire venir la Bibliothèque de Fontainebleau à Paris[1]. Transporter la Bibliothèque de Fontainebleau au milieu des troubles de la Ligue, c’était l’exposer à de terribles dangers, et elle ne put y échapper. Gosselin a rappelé les péripéties par lesquelles passèrent les collections royales pendant cette triste période. Dans la crainte d’être compromis comme ligueur, il s’enfuit de Paris croyant les livres du roi à l’abri des convoitises parce qu’il les avait renfermés dans une salle dont il avait barricadé la porte avec une barre de fer et qu’il en emportait la clef. La serrure fut crochetée, la muraille enfoncée et le président de Nully et ses amis pénétrèrent dans le dépôt d’où on les vit «s’en aller portant d’assez gros paquets sous leurs manteaux.» Livrée à leurs mains, la librairie entière aurait probablement été pillée, sans l’intervention du président Brisson qui «à ma requeste et sollicitation» ajoute Gosselin «a empêché leur intention.»