— « C’est ici ! » dit Apnoukhos.

Il aida Melchis à descendre de litière ; puis, ouvrant la porte avec précaution, l’introduisit dans l’atelier.

Le velarium de pourpre diffusait un jour rose. Au bout de la salle, sur un lit d’écarlate, une vierge à cheveux blonds sommeillait, nue, dans la pose de l’Hermaphrodite. Un homme, assis devant elle, qui semblait méditer, tressaillit au bruit des pas ; et, reconnaissant Apnoukhos :

— « Qu’y a-t-il ? Ne t’avais-je pas défendu ?… »

— « Pardonne-moi, ô Maître ! Ce riche voyageur, avant de regagner sa patrie, est venu pour rendre hommage à ton talent divin. »

Melchis, un sourire sur sa face bilieuse, s’inclina, en portant au front, puis à la poitrine, sa main droite étincelante de bagues.

— « Salut ! » répliqua sèchement le sculpteur.

L’autre se répandit en compliments. Il vanta les œuvres de Pygmalion qu’il avait admirées, au cours de ses voyages, dans les temples de Paphos, d’Aphrodision, de Rhodes et d’Halicarnasse. Il se plaignit que l’illustre cité de Smyrne n’en possédât aucune… Les beaux-arts, pourtant, étaient fort en honneur chez ses concitoyens ; lui-même, Melchis, possédait une collection de marbres et de bronzes, assez estimée. Bref (et tout en débitant ses phrases ampoulées, il inspectait à la dérobée la salle vide), son unique désir était de voir cette merveilleuse statue de Galatée, célèbre déjà par tout l’Archipel, et jusqu’aux rivages de la Propontide.

— « Galatée ? » répéta Pygmalion, « Elle est devant toi ! »

Et, avec un sourire d’orgueil, il désigna la vierge couchée dans la pose de l’Hermaphrodite.