Ils se caressaient, éperdûment : leurs touchers, subtilisés par une virginité merveilleuse, prenaient possession de leurs chairs, se pâmaient sur leurs formes.
— Il n’y a pas d’enfer ! Il n’y a pas de dieux ! Christ est un imposteur, comme les autres, et ses serviteurs des fous ! S’il y avait un Dieu, ce serait celui-là, le Soleil ! Il n’y a pas d’âme immortelle. Il y a l’éternité jaillie pour nous du feu central de l’Univers, notre conscience passagère qui nous révèle celle, éparse dans chaque parcelle de la matière, dont nous comprenons, nous, seuls au monde, le détail et l’union. Il y a cette éternité dans laquelle nous baignons, cette volupté inégalable en nul paradis. Et qu’importe de mourir ; que cette conscience — éternelle, puisqu’elle fut un instant de l’Être infini ! — retourne au néant, s’éparpille, aux globules élémentaires d’âme inclus en chaque atome de matière !…
Le lion, après s’être couché au soleil, comme un gros chat jaune, venait d’apercevoir le couple. Il fit quelques pas, puis s’arrêta, étonné, devant leur nudité, sous le regard magnétique de Caïus.
— Il y a Vénus, il y a la Vie, il y a nous, Nous qui allons mourir, — dès que je détournerai de celui-là les foudres de mon regard, — vers Toi ! Nous allons mourir. Mais qu’importe ! nous sommes désormais au delà de la vie, dans le resplendissement de l’Ame-Universelle. Ces instants révèlent notre divinité ; jamais plus nous ne la retrouverions. Nous sommes dieux, puisque nous sommes. A quoi bon vivre encore, après cette apothéose ? Dix ans ou dix secondes sont pareils, du haut de cette fulgurance d’éternité qui nous consume !…
— Je ne sais. Je ne veux que Toi, Toi, avant de mourir. Être à Toi, et je mourrai bienheureuse.
Elle s’abandonna sur le banc de gazon, comme jadis sur les lits de pourpre. Et Caïus, s’unissant à elle, accomplit la double statue de l’Amour.
Une acclamation prodigieuse retentit. César lui-même, debout, applaudissait ; tout le cirque râlait, dans la contagion de la triomphale volupté…
Le lion, libéré du regard dompteur, s’approcha, souple et silencieux, et bondit sur le groupe qu’agitait l’ardeur magnifique de Vénus…
Dans l’âme des Amants, explosion suprême : un million d’images — leur vie — flambèrent simultanément… Éclipse rouge… Noir… Vide…
Et, rugissant, le lion attaqua l’une des têtes broyées, sous un cyclone formidable de huées.