Notre salon était en communication avec nos chambres.

Ailleurs, plusieurs fois notre salon s'est trouvé au premier et nos chambres à d'autres étages, ce qui était peu commode.

Toutes les fenêtres étaient faites dans le système dit à guillotine, c'est à dire qu'elles se composaient de deux chassis dans le sens de la hauteur. Le chassis inférieur se relevait contre le chassis supérieur en glissant entre deux rainures latérales; des contrepoids placés dans les embrasures, facilitaient ce mouvement, qui s'opérait très bien; on dit qu'il en existe encore beaucoup dans Londres.

Nous mangions à la table commune; on déjeunait quand on voulait. Le déjeuner se composait régulièrement d'énormes pièces de viandes froides: bœuf, veau, jambon, sur lesquelles on coupait à sa convenance; des œufs, des pommes de terre à l'eau et du beurre complétaient le repas, le thé et la bière étaient à discrétion; le vin était tout à fait un extra.

Le dîner, comme à Paris, était à six heures; en même temps que de la très bonne viande rôtie, il y avait toujours du poisson de mer, en très grande abondance et très bon.

Entre les repas, nous nous arrêtions chez les pâtissiers, qui étaient fort nombreux. Partout il y avait des dames au comptoir, qui fort discrètement proposaient à ma tante de la conduire dans une pièce retirée à l'arrière-boutique (and gentleman) où l'on trouvait une chose qui, à cette époque était fort rare dans les rues de Londres, ou du moins fort cachée pour les étrangers.

Sans l'attention délicate des pâtissières, je ne sais pas trop comment nous aurions pu nous tirer d'affaire, pendant toutes nos journées hors de l'hôtel.

En arrivant, j'avais été frappé de la forme du pavé qui différait beaucoup du nôtre. C'est chez eux que nous avons pris les pavés plus larges que longs, tels que nous les employons maintenant et qui ont remplacé presque partout l'ancien gros pavé de Paris, dont toutes les faces étaient égales. La théorie du pavé d'échantillon appliquée par les Anglais bien longtemps avant nous est celle-ci:

«Dans le sens de la marche, la longueur du pavé doit être assez petite pour que le pied du cheval, en se posant, puisse toujours tomber sur un joint.»

La première chose que nous avions faite avait été d'acheter un bon plan de la ville et un bon guide. Cela nous a parfaitement suffi pour nous diriger seuls, sans avoir besoin de personne et même sans être obligé de demander. D'ailleurs personne ne parlait français en dehors de notre hôtel; quand nous avons voulu faire quelque emplette il nous a été indispensable de prendre un interprète.