Nous restâmes encore deux jours à Londres avant de partir pour Southampton où nous devions trouver un paquebot pour la France.

Le trajet par mer jusqu'au Havre et du Havre à Rouen, par la diligence, se fit sans aucun incident.

Pour rentrer à Paris, nous trouvâmes le chemin de fer de Rouen, inauguré en 1843.

Nous avions retrouvé la France avec le plus grand plaisir et surtout, nous avons éprouvé un grand soulagement, lorsqu'en arrivant au Havre, nous avons compris ce qui se disait autour de nous. Ce qu'on éprouve dans un pays dont on ne sait pas la langue, doit ressembler au supplice des sourds-muets.

Notre voyage de près d'un mois s'était accompli sans le moindre accident. J'en rendis grâce à Dieu d'abord, puis, je remerciai cordialement ma tante de m'avoir pris pour son chevalier.

De mon voyage, j'ai rapporté ces impressions: j'avais déjà voyagé en Suisse, en Italie, en Allemagne et dans les pays autrichiens; partout j'avais constaté l'influence française, partout la tendance était de faire à l'instar de Paris; en Angleterre c'était autrement; on sent quand on y est, que les Anglais sont tout à fait chez eux, et qu'ils ne veulent prendre modèle sur personne.

Les Anglais sont des gens excessivement pratiques, leurs maisons en général, simples à l'extérieur, sont très bien distribuées à l'intérieur pour les usages ordinaires de la vie de famille. On ne voit pas comme chez nous, dans des positions modestes, des salons somptueux qui servent très peu, dont l'espace est volé sur l'ensemble de l'appartement, presque sans utilité, et dont les meubles se fanent sous des housses immobilisées.

Au lieu de recevoir ordinairement dans leurs chambres à coucher, et dans les grands jours, dans un salon d'apparat, ils ont près de l'entrée, leur sitting room, qui est pourvue de tout ce qui est nécessaire pour les besoins ordinaires de la vie: chaises, fauteuils, canapé, piano, table pour écrire, bibliothèque, etc.; qui est le lieu de rendez-vous général et de réception.

Au lieu de s'entasser dans des quartiers où les loyers sont chers, ils préfèrent pour leur famille, de l'air et de l'espace, et surtout l'indépendance des commérages que donne une maison complète, toute petite qu'elle soit, comparée à nos ruches françaises.

La forme de leurs fauteuils ne suit pas la mode; les coussins sont placés là où il faut pour bien appuyer.