Nous aurions bien désiré rester plus de trois jours, mais là comme ailleurs le temps nous pressait. Le chemin de fer nouvellement construit nous transporta d'Edimbourg à Glascow, parallèlement au canal de jonction du Forth à la Clyde; sans nous arrêter, nous montâmes tout de suite sur le paquebot qui devait nous amener à Liverpool.

Il faisait très mauvais temps, je n'ai pas conservé un agréable souvenir de cette très grande ville, traversée au milieu du brouillard. Glascow contenait 350,000 habitants; Edimbourg seulement 200,000.

Nous nous étions embarqués sur la Clyde; à partir de Glascow, elle peut porter de très gros navires. Le chenal navigable est maintenu à la profondeur suffisante, au moyen de digues latérales construites avec d'énormes blocs de pierre sur plusieurs kilomètres de longueur. Ces digues avaient d'autant plus d'intérêt pour moi, que j'en avais beaucoup entendu parler dans mes cours des Ponts et Chaussées.

Le trajet de Glascow à Liverpool se fit partie le jour, partie la nuit, au travers de la mer d'Irlande, sans présenter aucune particularité qui m'ait laissé un souvenir, outre que celui du malaise physique que j'ai éprouvé.

Je restai presque tout le temps couché dans ma cabine au fond du navire, séparé de ma tante, qui était, de son côté, toute seule dans le salon des dames, où elle ne se trouvait pas dans un bien meilleur état.

J'étais fort tourmenté par le mal de mer; en entendant contre mon oreille le mugissement des vagues de l'Océan, dont je n'étais séparé que par une mince cloison; je faisais d'assez tristes réflexions quand la douleur m'en laissait le loisir, je maudissais mon sort, en répétant pour me consoler la célèbre imprécation d'Horace:

Illi robur et æs triplex
Circa pectus erat, qui fragilem truci
Commisit pelago ratem
Primus........

(Il avait un cœur de chêne, doublé d'un triple airain, celui qui le premier s'exposa sur un bateau fragile aux fureurs de l'Océan.)

Il faisait un très mauvais temps quand nous avons traversé Liverpool sans nous y arrêter; c'est une grande ville, de date récente, qui doit toute son importance au commerce. Un chemin de fer nous ramena directement à Londres.

D'York à Edimbourg, nous avions voyagé dans les dernières diligences anglaises, car on achevait le chemin de fer qui devait les remplacer dans quelques mois.