Nous étions rendus à Newcastle de bonne heure; c'était le moment des plus longs jours, la seconde moitié de juin; après dîner, vers 7 heures du soir, nous allâmes en chemin de fer à l'embouchure de la Tyne visiter un pont en fer d'une seule arche qui passait pour une merveille (je ne pensais pas alors que quelques années plus tard j'aurais la chance d'en construire une encore plus grande, la travée métallique de la Vézeronce sur la ligne de Genève); nous étions de retour le même soir à Newcastle, et nous avons pu nous coucher à 11 heures sans aucune lumière; en s'approchant de la fenêtre, on y voyait assez pour lire facilement.

Le lendemain matin nous partîmes de la même manière, c'est-à-dire en voiture publique pour Edimbourg; le voyage n'eut pas d'autre incident que de nous permettre de voir de loin sans nous y arrêter, le château d'Abbotsford, résidence favorite de Walter Scott, situé sur la rive droite de la Twed; autant que nous avons pu juger c'était un château gothique très bien restauré, au milieu d'un parc du plus bel aspect.

Nous arrivâmes le soir même à Edimbourg; comme je l'ai dit déjà, j'ai conservé de cette ville un précieux souvenir; elle ne ressemble à rien de ce que j'avais vu jusque-là; des sites excessivement variés lui donnent un cachet particulier.

Au centre de la ville une petite montagne nommée Calton-Hill, forme un point culminant, d'où l'on domine de tout côté les paysages environnants.

Ce sommet est occupé par un petit monument dans le style grec.

En regardant à l'est, on a une belle vue de la mer; un peu vers le nord, on voit l'embouchure du Forth, avec le port, les vaisseaux et tous les grands établissements de la marine et du commerce.

En tournant au nord et à l'ouest on découvre toute la nouvelle ville magnifiquement construite avec ses rues larges, ses squares nombreux, ses monuments et ses jardins; tous ces quartiers neufs se terminent à Princess-Street, rue splendide dont un seul côté est bâti, l'autre est formé par des jardins; c'est là que nous étions logés, près du monument élevé à la mémoire de Walter Scott, mort en 1832. Le monument venait d'être terminé.

En continuant le panorama de Calton-Hill, on trouve: au sud-ouest, le vieux château et la vieille ville; un peu plus loin, des forêts et de magnifiques rochers; au sud toute la vieille ville, la Canongate; enfin, au sud-est, le château d'Holyrood, ancienne demeure royale, célèbre par les malheurs de Marie Stuart, et pour nous Français, célèbre aussi parce qu'elle a servi de résidence pendant plusieurs années à notre vieux roi Charles X exilé, et à son petit-fils Henri V, qui fut hélas! pendant longtemps notre espérance de salut.

Nous étions très bien logés à Royal-Hôtel dans Princess-Street; personne n'y parlait français; nous avions bien quelques embarras pour nous faire comprendre, mais notre hôte était fort complaisant et faisait tout pour nous être agréable. Nous arrivions en définitive par faire d'assez bons dîners, bien que la commande ne se fît pas sans peine; on s'étonnait beaucoup de nous voir apprécier le saumon, si vulgaire pour les Écossais.

De tous les pays que je connais, ce qui me rappelle le mieux un des aspects d'Edimbourg, c'est la vue du cours des Chartreux, près de la place Rouville; notez bien que je dis: un seul des aspects de ce magnifique panorama circulaire de Calton-Hill, unique au monde.