Je ne peux pas quitter Londres, sans dire un mot de l'immensité des bassins et des docks destinés aux marchandises du monde entier, qui donnent une haute idée de la puissance commerciale de cette nation.
C'est là que pour la première fois j'ai vu le fer employé pour soutenir de vastes toitures, dans le genre de celles qui depuis ont été appliquées à nos gares de chemins de fer; c'est là aussi pour la première fois que j'ai remarqué l'emploi de ces chariots mobiles sur des rails, suspendus à de grandes hauteurs, qui servaient à transporter facilement les plus lourds fardeaux d'une extrémité à l'autre et à tous les étages de ces prodigieux entrepôts.
Nous aurions bien voulu rester à Londres plus longtemps, mais je n'avais qu'un congé limité. D'un autre côté la question d'argent était à considérer; le prix de toutes choses était à peu près dans le rapport de 25 à 20 avec les prix de Paris.
Comme tout le monde alors, ma tante avait lu et relu Walter Scott; elle l'aimait beaucoup et désirait voir l'Écosse. Nous n'avions pas de temps à perdre; nous partîmes de Londres au bout de dix jours à peu près, laissant nos malles et n'emportant avec nous, que des sacs de cuirs noirs que nous venions d'acheter (et que j'ai encore).
Il y avait déjà quelques chemins de fer, mais pas partout, nous ne pûmes pas aller de cette manière plus loin qu'York. Nous nous y arrêtâmes le temps nécessaire pour admirer sa célèbre cathédrale gothique.
Là nous avons pris une voiture publique, pour aller dans la direction d'Edimbourg. Cette voiture n'avait pas du tout l'aspect de nos lourdes diligences; c'était tout simplement une grande berline n'ayant que quatre bonnes places d'intérieur; tous les autres voyageurs, au nombre de huit ou dix, montaient sur des banquettes à découvert, devant, dessus et derrière (outside) c'est là que vont, ou plutôt allaient, les gens du pays; l'intérieur (inside) était beaucoup plus cher et fréquenté uniquement par les étrangers.
Au départ, ma tante et moi nous étions seuls dans l'intérieur; l'impériale (outside) était complète; il y avait même des dames.
Cette voiture, comparativement très légère, était emportée par quatre magnifiques chevaux bais toujours au galop; à chaque relai quatre chevaux semblables attendaient sur la route même, et sous leurs couvertures.
Chaque cheval était tenu par un palefrenier. Immédiatement les chevaux arrivants étaient remplacés par les chevaux frais; au signal donné les quatre palefreniers, placés à gauche et à droite, enlevaient ensemble les quatre couvertures; la voiture partait sans avoir perdu plus de deux minutes pour le relai.
Le temps était devenu mauvais, la pluie tombait en abondance; une jeune de fille de l'outside se décide à venir avec nous dans l'intérieur. Elle était fort bien de toutes manières; elle n'aurait pas mieux demandé et nous non plus, de faire la conversation, mais elle n'avait jamais voyagé en Allemagne, elle ne parlait donc pas mieux le français que nous l'anglais. Nous en étions réduits pour échanger nos idées, de nous montrer les mots sur le dictionnaire. Fort heureusement nous en avions le temps, et quoique que ce mode de converser ne fût pas vif et animé, il n'en était pas moins fort gai.