Il y avait de très beaux jardins et de belles serres; dans l'une d'elles, un seul pied de vigne couvrait une surface de 100 mètres carrés.

Les cartons de Raphaël, commandés par Léon X pour faire des tapisseries de la chapelle Sixtine, furent achetés au nombre de sept, par Charles Ier.

Les tapisseries faites sur ces dessins sont maintenant au Vatican dans la galerie dite: Dei Arazzi, parce que la ville d'Arras a eu pendant longtemps la supériorité de cette fabrication.

À Wolwich, sur le bord de la Tamise, nous avons vu l'arsenal et des régiments d'artillerie tenus avec un luxe et un soin auxquels nous ne sommes pas accoutumés.

Au château de Windsor, fondé par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, à la fin du xie siècle, nous visitâmes la chapelle et l'extérieur. Il n'était pas possible d'y entrer à cause de la présence de la reine Victoria. Bien que notre visite fût incomplète, nous n'avons pas regretté notre peine; car ce que nous avons vu méritait bien le voyage.

Ayant été prévenu peu de temps d'avance, je n'avais que deux lettres de recommandation pour des ingénieurs; ne les ayant pas rencontrés une première fois, je n'y étais pas retourné, ne voulant pas laisser ma tante toute seule. Je n'ai donc pas pu pénétrer dans des intérieurs anglais, chose que j'ai regrettée, car ce n'est qu'ainsi qu'on peut bien étudier les mœurs.

Ne voulant pas cependant me trouver à Londres sans une référence, j'étais allé voir en arrivant l'ambassadeur de France, M. de Saint-Aulaire. Je lui avais fait passer une carte avec mon titre et j'avais été reçu tout de suite. Il ne me connaissait pas, mais je pouvais lui parler d'un de ses attachés d'ambassade à Vienne, Aimé Des Fayères, le cousin de ma tante Henri Jordan; cela rendit notre conversation un peu moins banale.

Il me rassura sur le séjour de Londres, en me disant que personne ne nous demanderait rien, et que nous jouirions dans toute l'Angleterre d'une plus grande liberté qu'en France. Il n'y a rien de tel que de voyager pour rabaisser l'orgueil national.

Par une chance extraordinaire, nous avions trouvé sur le paquebot de Boulogne, un prêtre dont j'ai oublié la nationalité; il revenait d'Italie; nous l'avions abordé les premiers, et nous avions pu gagner sa confiance, car il nous proposa de nous faire partager la faveur des recommandations qu'il pourrait avoir pour assister aux séances des deux assemblées du parlement. Avec lui ou sans lui, je ne me le rappelle pas, mais grâce à lui, nous avons pu entrer à la chambre des Lords et à la chambre des Communes qui siégeaient alors toutes deux au palais de Westminster.

Nous ne pouvions rien comprendre à ce qui se disait; l'aspect général était digne, malgré la simplicité des costumes. À cette époque (1844), presque tous les Lords anglais portaient des pantalons gris de fantaisie, bariolés comme ceux qui sont à la mode en France depuis quelques années, et qui nous sont venus d'Outre-Manche. Les présidents seuls avaient un costume officiel, la robe noire de nos magistrats, avec la perruque poudrée du siècle dernier.