14 décembre.—Le soir s'arrange une partie pour aller à Tivoli à pied, entre M. Higginthon, deux autres Anglais et un Piémontais, ancien secrétaire de M. de Bianchi, à Bologne. J'arrive, on me la propose, je me laisse entraîner et j'accepte; j'écris le soir même quelques lignes à la hâte à Mme Vionnet (sa sœur), par voie de Turin, pour lui annoncer ce voyage, et que je donnerai de mes nouvelles par le courrier suivant (c'est-à-dire dans huit jours).

15 décembre.—Je suis réveillé à sept heures du matin par un garçon cafetier, qui m'apporte de la part de mes compagnons de voyage une tasse de chocolat pour me donner du courage; je l'avale et je m'habille; cela fait, nous nous mettons en route comme des pèlerins. Nous partons à sept heures et demie et nous arrivons, avec beau temps, à Tivoli, à une heure après midi. La distance est de 18 milles de la porte dite Saint-Laurent et 3 milles pour la gagner de notre auberge. (Le mille romain est de 1,500 mètres.)

Au milieu du chemin nous nous arrêtons pour déjeuner, nous trouvons pour tout potage un plat de petits poissons frits de la veille, du pain et du vin médiocres; avec ça nous déjeunons gaîment et nous nous remettons en route.

À 13 milles de Rome, nous trouvons la Solfatare de Tivoli, canal qui conduit une eau bleue et sulfureuse, d'une odeur très forte; nous nous lavons les mains et le visage avec cette eau fort claire et fort limpide.

À 15 milles de Rome, nous passons une seconde fois sur le pont Lucano, le Tévérone, autrefois l'Arno, chanté par Horace; au-delà du pont est le tombeau de la famille Plautia, qui a servi de forteresse aux Goths lors de leur invasion.

Nous laissons la villa Adriana sur la droite; un quart d'heure avant Tivoli, nous trouvons l'ancien temple de Latone transformé en chapelle dédiée à la Vierge.

Tivoli autrefois Tibur, lieu de délices d'Horace et de Mécène, plus ancienne que Rome de 462 ans, est une ville mal pavée et mal bâtie, avec des rues étroites où il faut sans cesse monter et descendre, où l'on ne peut pas marcher, quand il pleut, tant le sol est glissant, comme nous l'éprouvons en arrivant avec la pluie.

Nous cherchons une auberge, on nous en indique une à droite, où l'on nous reçoit avec empressement; on nous montre nos lits, nous les trouvons mauvais et nos chambres pitoyables, nous nous empressons de sortir et nous finissons par tomber sur un gîte passable, qui nous paraît un palais.

Nous demandons à dîner, nous nous reposons, attendant pendant trois heures les provisions qu'on avait été obligé d'aller chercher ailleurs.

Quand nous sortîmes de table il était presque nuit, nous pûmes voir seulement la cascade et les forges que les eaux mettent en mouvement.