27 janvier.—Le cours de l'avenue de Tolède est très brillant (aujourd'hui rue de Rome). Cet après-midi, il était rempli de voitures de toute espèce; mais il y avait peu de canestres, ce sont des cabriolets découverts, où les seigneurs ou autres, se mettent cinq ou six pour aller au cours, masqués, et jeter des dragées dans les carrosses, aux fenêtres et sur les passants.
De là on va au festin à Saint-Charles, dont je me suis trouvé fort content; il y avait beaucoup de monde, on y danse peu, mais on se promène beaucoup; le théâtre est entièrement illuminé; la platée (le parterre) est élevée à la hauteur de la scène et à portée du premier rang de loges; on ne peut y entrer qu'en masque et en domino. (C'est tout à fait ce qui se passait à Paris aux bals de l'Opéra de 1830 à 1848.)
28 janvier.—Musique à l'église de Girolamini des Prêtres de Saint-Philippe-de-Néri toute illuminée; elle a lieu dans plusieurs églises de la ville où les religieux sont nobles; c'est ce qu'ils appellent le Carnovaletto.
29 janvier 1788.—Vu le lac d'Agnano et la grotte du Chien, dont j'ai fait faire l'expérience; de là à Pausilippe.
2 février.—Course à Pouzzoles; nous nous mettons quatre dans un biroche à deux chevaux pour aller dans cette ville ancienne, fort peu de chose maintenant; nous passons la grotte de Pausilippe; le chemin très beau sur le bord de la mer; on prend ordinairement un cicérone, qui se charge de payer la barque pour traverser le golfe de Baïa, et de toutes les étrennes qu'il faut donner, c'est le moyen le plus économique et le plus sûr de n'être pas dupé par les habitants de Pouzzoles qui sont d'assez mauvais drôles.
Ce qu'il y a de plus beau à Pouzzoles; c'est le temple de Sérapis dont on voit encore le plan et l'architecture; c'est un des plus beaux qui existent encore. L'autel où l'on égorgeait les victimes subsiste presque en entier; il était environné de petites chambres pour les prêtres; on voit encore les conduits de l'eau lustrale, l'endroit où ils mettaient la portion des victimes qui leur était destinée, un tiers pour eux, un tiers pour les assistants et un tiers pour la divinité, que l'on brûlait.
Nous nous embarquons et nous voyons les restes d'un pont que Caligula avait commencé pour joindre Pouzzoles à Baïa.
Débarqués au pied du Monte-Nuovo, ainsi nommé parce qu'il a été formé en une nuit par un tremblement de terre.
Nous avons vu le lac Lucrin célébré par Horace à cause de ses belles huîtres; puis le lac d'Averne, au-dessus duquel les oiseaux ne pouvaient pas voler par suite de ses exhalaisons sulfureuses. Aujourd'hui tout est changé, c'est un des plus riants de la province. Au bord de ce lac, est la grotte de la Sybille, assez bien conservée.
Presque au bout de cette grotte, une porte s'ouvre sur un long passage, au bout duquel on est obligé de se faire porter par des hommes du pays qui vont dans une eau boueuse qui leur monte jusqu'aux genoux; au-delà, se trouve une grande caverne dont l'obscurité et la noirceur des murs, à peine éclairés par la lueur des torches, fait croire qu'on est aux enfers.