Nous revenons au lac Lucrin; nous montons en barque en côtoyant le rivage; nous voyons la maison de campagne de Néron, nous descendons dans un grand bâtiment divisé en beaucoup de chambres, qu'on appelle ses bains, en assez mauvais état. Le souterrain qui conduit à la source minérale est bien conservé. Il y fait si chaud, qu'on est obligé de se déshabiller; sur-le-champ on est mouillé par la vapeur, l'eau est brûlante; on peut y faire cuire des œufs.

Pour la troisième fois, nous nous embarquons et nous arrivons à une bettola (cabaret) où nous mangeons du pain, du fromage et des harengs secs, mais nous y buvons du vin de Falerne, qui nous rappelle encore Horace. Cela fait, nous nous préparons à traverser l'Achéron dans la barque à Caron; nous passons dans un canal tranché dans le roc depuis deux ans, pour faire communiquer la mer avec le lac Acherontin, dit aujourd'hui Fusaro.

Le roi a fait élever au milieu, un petit casino pour rendez-vous de chasse; nous voyons le temple de Mercure avec son étonnant écho; les temples de Vénus et de Diane, avec leurs grands souterrains, armés de bas-reliefs médiocrement conservés. Pour la quatrième fois, nous nous embarquons pour revenir à Pouzzoles; la mer, calme le matin, était excessivement agitée, nous arrivons cependant sains et saufs et reprenons notre voiture pour Naples.

3 février 1788.—Grand cours de voitures dans la rue de Tolède avec peu de masques; à la nuit, festin très brillant où il y avait beaucoup de monde attiré par la mascarade de la princesse d'Avelline; la seule de cette année.

5 février.—Cours encore plus nombreux que celui de dimanche.

À Naples, il existe un usage pour les loyers, qui n'est pas ailleurs; les baux se passent pour une année seulement, le locataire peut quitter au bout de l'année, mais il peut rester si cela lui convient, sans augmentation de prix; le propriétaire ne peut le renvoyer qu'en cas de vente, ou s'il veut habiter lui-même son appartement.

À Naples la justice est désastreuse plus que partout ailleurs; les procès n'en finissent plus, et les dettes les plus claires ne sont pas payées s'il faut plaider. Si un débiteur vous dit ici: Je vous dois, mais je ne veux pas vous payer, il vaut mieux lui remettre la moitié de sa dette que de le faire assigner.

Qui veut se faire une idée de l'enfer doit aller à la Vicaria, lieux où sont réunis tous les tribunaux. Les jours d'audience les salles sont remplies de procureurs, et d'avocats dits paillettes; ils sont dix mille; ils ressemblent à des squelettes ambulants; on se presse, on se pousse, on se heurte pour solliciter les juges et les paillettes; on n'avance qu'à force de distribuer de l'argent à pleines mains.

On crie chez nous contre la justice, que dirait-on, si c'était comme à Naples.

Le musée dit Capo-di-Monte, renferme une des plus belles collections de tableaux que j'aie vue, etc.