26 février.—Je suis allé ce matin à cheval, avec le secrétaire de M. Gamelin, à la Bagheria; c'est un quartier à 10 milles de Palerme, où la plus grande partie des seigneurs ont leur maison de plaisance; on en distingue particulièrement deux:
Celle du prince de Palangonia, remarquable par le mauvais goût qui règne partout; le propriétaire s'est étudié à y placer ce qu'il y a de plus original et de plus bizarre en tout genre; il n'y a peut-être pas de palais où il y ait autant de statues, mais elles sont épouvantables: ce sont autant de monstres plus hideux les uns que les autres. Le susdit prince y a placé un argent prodigieux, qui aurait pu servir à décorer richement et raisonnablement trois ou quatre palais plus grands que le sien.
En sortant de cette villa, on est bien dédommagé, quand on entre dans celle du prince Valguamera, qui brille par sa noble simplicité. Une entrée majestueuse conduit dans une cour décorée de portiques dans le genre de la place Saint-Pierre de Rome; l'intérieur n'est pas chargé d'ornements, mais fort bien orné de peintures champêtres. La maison est entourée de belles terrasses, d'où l'on jouit d'une jolie vue qui s'embellit encore lorsqu'on monte à un pavillon construit sur une éminence en forme de pain de sucre, dominant tout le panorama des environs, qui comprend Palerme, la mer, Sainte-Rosalie et les montagnes.
Toute cette région est très vivante au mois de mai, temps où les nobles sont en villégiature.
27 février.—Parti de Palerme à une heure du matin, dans une esperonnade maltaise, conduite par sept braves marins, qui, aidés d'un très beau temps, m'ont amené à Messine en trente-quatre heures sans perdre de vue les côtes de Sicile par une mer presque toujours calme ou légèrement agitée par un vent favorable.
Le mont Etna, ou Gibel, montre sa tête au-dessus de toutes les autres montagnes; il est couvert de neige et la saison n'est pas bonne pour y monter; il ne jette point de feu, chose rare.
À gauche, j'ai laissé les îles Lipari, dont la dernière, Stromboli, vomit continuellement des flammes.
Le détroit de Messine, si fameux dans la poésie des anciens, ne m'a rien présenté d'effrayant; j'ai passé sous le phare et doublé le cap sans que la mer fût en courroux.
Si le village de Scylla n'existait pas sur la rive de Calabre, il n'y aurait plus aucune trace des vieux Charybde et Scylla.
En entrant dans le détroit, on aperçoit Messine qui, de loin, présente un aspect imposant, beaux restes de son ancienne grandeur; de près le spectacle change.