Le fort est considérable, mais la Marina, qui était autrefois bordée de magnifiques constructions à trois étages, ne présente plus qu'un triste tableau, résultat des tremblements de terre de 1783.

On démolit ce qui reste encore debout, de peur que les murs lézardés ne tombent eux-mêmes et ne causent de nouveaux accidents.

Dans l'intérieur de la ville, c'est encore plus affreux; on ne voit que des maisons à moitié détruites, qui rendent ce séjour encore plus horrible que je ne m'y attendais. La tristesse de cette ville dépasse les descriptions que j'avais entendues; à peine quelques bâtiments ont été épargnés ou reconstruits.

Le plus grand nombre des Messinois se sont établis dans des cabanes de bois, qui annoncent la misère et la crainte. En marchant dans les nouveaux quartiers, on se croirait dans un village de Savoie des plus tristes et des plus sauvages.

À toutes les portes de la ville on voit de ces constructions misérables, dans lesquelles se sont réfugiés les habitants de cette fameuse Messine, qui comptait plus de 30,000 âmes.

M. de Chapeau-Rouge m'a dit qu'il avait péri plus de 900 personnes dans ce dernier cataclysme.

(Cette déclaration est bien différente de celle du guide Joanne (1879), où l'on trouve cette phrase: «Messine a été ravagée plusieurs fois par les tremblements de terre, celui de 1783 fit périr 40,000 personnes.» Cela s'applique probablement à toute la région.)

1er mars 1788.—Je suis resté trois jours à Messine, et je ne vois rien autre chose à signaler que le port, un des plus sûrs et des plus vastes de la Méditerranée, la situation qui est charmante et le fort qui peut contenir 1,000 pièces de canon.

Il n'y a pas d'autre spectacle qu'un théâtre de marionnettes assez plaisant; on dit qu'en carnaval on s'y est fort amusé!

Dans ce moment, la société y manque entièrement; l'éloignement des habitations empêche les Messinois de se voir; ils sont séparés par la ville entière qui est en ruine. Ils habitent, comme je l'ai dit, des baraques en dehors des portes, et ne peuvent pas les élever au-dessus du rez-de-chaussée, l'intention du gouvernement étant qu'on rebâtisse Messine dans ses anciens murs.