Nous entrons dans la rade à neuf heures du soir, après avoir franchi 150 milles. Mais nouveau contre-temps! personne n'entre par mer dans Naples pendant la nuit; nous voilà donc forcés de jeter l'ancre encore une fois, et de passer encore une nuit dans la barque.

15 mars.—L'inspecteur de la santé nous fait attendre toute la matinée; enfin à onze heures nous mettons le pied sur la terre ferme, après un voyage assez long et assez mouvementé.

Je revois Naples avec un sensible plaisir, et je trouve avec une joie encore plus grande de bonnes nouvelles de ma famille qui s'y étaient accumulées. (Depuis le 13 février, jour de son départ pour Païenne, il avait pensé que son voyage de Sicile serait de quinze jours; il avait duré plus d'un mois.)

Parti de Messine le 4 mars, arrivé à Naples le 15, il avait mis onze jours pour un trajet qui peut se faire maintenant en une journée, il est vrai qu'il avait vu le pays autrement qu'on le voit aujourd'hui; il y a bien peu de touristes de nos jours qui connaissent les fabriques de couvertures de Tropea, les rades de Policastro et de Linfreschi, etc.

17 mars.—Je séjourne à Naples trois jours (15, 16, 17) employés en écritures, courses et visites.

On ne peut entrer à Naples, ni en sortir, ni voyager dans tout le royaume sans un passeport; on ne peut pas non plus prendre la poste sans une permission spéciale. L'un et l'autre se donnent sur un billet de l'ambassadeur de la nation du voyageur, et chose rare, cela ne coûte rien!

18 mars 1788.—J'avais retrouvé ma chaise. Je pars de Naples à midi et crac! Au milieu de la ville la dent de loup d'un de mes ressorts se casse; il faut donc s'arrêter et la faire raccommoder sur-le-champ; cela fait, le reste du voyage se passe sans accident.

Nuit et jour je cours la poste sans m'arrêter et je me trouve à la porte de Rome le lendemain, à trois heures et demie du soir, ce qui fait vingt-six heures et demie de la porte de Naples à la porte de Rome.

Le chemin est très beau de Naples à Albano, mais il m'a fallu quatre heures pour les deux dernières postes, les chemins étant gâtés par les pluies; à chaque instant je craignais de sentir ma chaise se briser.

19 mars.—J'entre croyant trouver en arrivant un Lascia-passare que Détournes m'avait promis; je ne le trouve pas à la poste. Il faut donc aller à la Douane, où le visiteur fort heureusement fait semblant de me visiter, en m'expédiant fort gracieusement.