À sept heures du soir, le ciel étant serein et le vent frais, nous repartons à la voile; la nuit a été fort belle et nous avons bien marché jusqu'à deux heures du matin. Alors le vent cesse, mes matelots prennent la rame, pendant quelque temps. Ils marchent alternativement à la rame et à la voile.
Sur les dix heures, le vent toujours favorable devient tellement fort, qu'il soulève prodigieusement la mer, et que pendant deux heures, nous sommes toujours inondés au point que nous étions complètement mouillés; les matelots étaient sans cesse occupés à enlever, avec des éponges et même avec des seaux, l'eau qui remplissait la barque.
À midi l'orage ayant cessé et nous étant rapprochés de la côte, nous avons continué fort heureusement notre route. Nous avons retrouvé nos compagnons, les prêtres siciliens, qui, ayant suivi le rivage, se reposaient à Belvédère, d'où nous sommes venus ensemble jusqu'à Cirelle, où nous devons passer la nuit sans savoir si nous en partirons demain.
La ville de Cirelle était située autrefois sur une montagne très élevée; il en reste à peine quelque murs épargnés par le fléau.
12 mars 1788.—Après avoir dormi dans la rade de Cirelle, nous en partons à sept heures du matin; nous traversons le golfe de Policastro, nous avons eu bon vent pendant une heure, mais la mer devient grosse, et à force de rames nous arrivons à cinq heures du soir dans une petite rade, au milieu des rochers, où nous mettons pied à terre, nos marins ayant grand besoin de repos, après avoir ramé toute la journée par un temps chaud et lourd; le vent du midi ayant assez de force pour échauffer l'atmosphère, mais pas assez pour nous pousser.
Dans la nuit le temps change, se met à la traverse qui nous amène une pluie abondante; elle cesse à deux reprises le matin; à peine nous disposions-nous à partir, qu'elle reprend encore; cependant à sept heures et demie nous partons en quittant cette rade, nommée Linfreschi.
Mais à peine avons-nous fait un mille, que nos matelots, effrayés par des vagues menaçantes et un nuage énorme que poussait vers nous le vent contraire, sont obligés de virer de bord; nous vîmes alors le plus bel arc-en-ciel que j'ai vu de ma vie; le demi-cercle était complet et ses couleurs des plus vives.
La barque des Siciliens qui nous suivait imite notre manœuvre, et nous rentrons avec ensemble dans la rade de Linfreschi que nous venions de quitter.
Nous sommes réduits à passer la journée et la nuit dans ce beau port de mer, d'où il n'y a pas moyen de sortir pour se promener sur des rochers à pic entourés d'affreux précipices. Il n'y a qu'une maison de paysan où nous trouvons des œufs pour tout potage.
14 mars.—Le lendemain matin, à sept heures, nous nous acheminons du côté de Naples; après avoir ramé l'espace de 12 milles; un vent de sirocco bien désiré nous fait tendre nos voiles, et souffle dedans avec tant de force qu'il nous amène à Naples le soir même, avec une rapidité incroyable et surtout inaccoutumée.