Je mange, je lis, j'écris, je dors dans mon esperonnade, que mes matelots ont tirée sur la rive, comme si j'étais à l'auberge. Malgré ça, j'attends avec impatience le changement de temps pour m'en aller, quoique la végétation soit de deux mois en avance sur notre climat lyonnais.

8 mars 1788.—Même histoire que les jours précédents; le vent qui était à la traverse a bien voulu changer, mais pas en bien; un sirocco très violent ne nous invite pas à partir.

Le soir, il arrive une autre esperonnade contenant un noble sicilien et son domestique; ils font pause à côté de nous.

9 mars.—Dimanche même vent; temps nébuleux, marée haute; de sorte que notre séjour est encore prolongé; je vais me promener avec les ecclésiastiques siciliens, mais j'aimerais mieux m'en aller.

Pour me distraire, je vois fabriquer les fameuses couvertures de coton dites de Naples; elles se font toutes à Tropea, ou dans les environs. Il y a des métiers dans toutes les maisons; les plus belles se font dans la ville, elles sont chères même sur les lieux; le bénéfice des marchands qui les exportent se fait sur la largeur; ici, elles ont toutes cinq largeurs, celles qu'on vend en France n'en ont que quatre.

10 mars.—Enfin! le temps paraissant convenable, nous nous embarquons: les prêtres en font autant; quant au baron palermitain, il attend des compagnons de route.

Nous partons à trois heures du matin; avec l'intention de couper droit, mes conducteurs s'éloignent du rivage et rament pendant cinq heures; mais tout à coup le vent devient contraire, et nous force de revenir sur nos pas, en mettant à la voile; nous rabattons ainsi sur Rochetta, petite ville située à 12 milles seulement de Tropea, d'où nous étions partis. Nous y débarquons à midi; le moine et le chanoine siciliens ont disparu.

Rochetta est entièrement renversée par le tremblement de terre.

La maison Pignatelli-Monteleone, qui possède ce fief, a fait reconstruire quelques baraques pour loger une partie des habitants.

Je trouve là, un Français, M. Cauvin de Marseille, agent du duc de Monteleone, qui me fait entrer chez lui comme compatriote et m'offre à dîner.