Dans ce temps-là, c'était bien le cas de le dire, l'or était une chimère, car on n'en voyait presque point. Quand je fis changer un sac de 1,000 francs chez le changeur de la place des Terreaux, on me le fit payer 8 francs. Je n'avais jamais vu tant de louis d'or à la fois.

La Californie n'était pas encore exploitée.

Voici comment nous devions voyager: mon père avait une grande calèche assez légère, qui pouvait marcher avec un seul cheval; elle avait sièges devant et derrière, et quatre places dans l'intérieur. Nous emmenions avec nous un domestique qui devait monter derrière, lorsque mon frère ou moi serions sur le siège de devant.

Naturellement, nous ne devions aller qu'à petites journées, marchant toujours avec le même cheval.

Nous partîmes exactement le 1er septembre, par un très beau temps, et nous arrivâmes le soir à Ambérieux, où nous avons couché à la manufacture de mon père, chez M. Chevret, qui en était le directeur.

Le lendemain matin, en repartant pour Nantua, nous n'avions plus le même coursier; le nouveau était beaucoup plus fort que le premier, qui n'aurait pas pu nous conduire dans les montagnes; c'était une attention imprévue de M. Chevret, qui connaissait parfaitement le pays.

Le second jour, nous avons couché à Bellegarde; c'était la première fois que je voyais la perte du Rhône et la Valserine. Simple élève de première année, je ne me doutais pas alors que dix-neuf ans après je viendrais comme ingénieur en chef établir un chemin de fer dans un pays si pittoresque et d'un accès si difficile.

Les chemins de fer étaient complètement inconnus en Suisse, et l'on peut même dire en France, car il n'y avait que celui de Saint-Etienne uniquement destiné au transport des charbons.

Cette première visite de Bellegarde a été ma première impression de voyage en pays de montagne et ne s'est jamais effacée.

Entre Bellegarde et le fort l'Écluse, il nous arriva une aventure: nous étions descendus de notre calèche pour admirer le paysage; Cléonice s'étant approchée trop près du bassin d'une cascade, son pied avait glissé; sa robe était bien relevée, mais dans sa chute, elle avait complètement mouillé le bas de ce vêtement intime qu'il est shocking de nommer et qu'il serait encore plus shocking de ne pas porter. Bref, il était nécessaire d'en changer; la chose n'était pas commode, sur une grande route et en rase campagne.