Cléonice n'était pas mariée, non plus que Zélie malgré son idéale et ravissante beauté, qui jamais ne sera surpassée.

J'avais trois ans quand elle en avait quinze; elle fut ma première institutrice, en me donnant mes premières leçons de lecture.

Zoé, la seconde, à plus de trente ans, s'était mariée à M. B...., qui, veuf d'un premier mariage, avait déjà plusieurs grandes filles.

Un oncle de mon père, ancien officier dans les gardes françaises, disait souvent dans le style de l'époque, qu'en voyant arriver dans un bal Mme Soret et ses filles, on croyait toujours voir la déesse Minerve entrant dans l'Olympe, avec un cortège de nymphes plus belles que Calypso.

Mais redescendons de ces hautes régions; le mari de ma tante était fabricant de velours; sous l'empire de Napoléon Ier, le commerce des soies allait très mal à Lyon; à la mort de M. Soret, sa femme se trouva complètement ruinée, précisément à l'âge où ses filles auraient pu se marier.

Bien loin de se décourager, Mme Soret retrouva toute l'énergie de sa jeunesse; avec le concours empressé de ses frères, elle réorganisa complètement le commerce de son mari, dans la grande maison Tolozan; ayant ses magasins sous la même clé que son appartement, à un premier étage sur la cour.

Après plusieurs années de travail et de privations noblement supportées, elle était parvenue à faire quelques économies.

Bien conseillée par le mari de sa fille, elle les plaça en actions de Terrenoire; c'était le bon moment! En peu de temps ses capitaux furent quintuplés. Elle se retira quelques années plus tard avec une jolie fortune.

Ce fut à notre cousine Cléonice que ma mère fit la proposition de venir avec nous. Elle voulut bien accepter, et nous fûmes ravis, car elle avait un charmant caractère, et même dans les jeunes, il eût été difficile de trouver une compagne de voyage plus accommodante.

Ma mère avait le jugement très bon; quoique rien de bien sérieux ne pût alors le faire supposer, elle craignait que les bateaux à vapeur de la Saône, invention toute nouvelle, ne donnassent pas tous les bénéfices que mon père en espérait, aussi tout en voulant nous faire un plaisir, elle désirait le faire de la manière la plus économique; elle ne voulait pas dépenser plus de 1,000 francs, en parcourant la Suisse pendant un mois. Aujourd'hui le problème serait difficile et presque impossible, en 1834 nous avons pu le réaliser.