De Soleure nous rentrâmes en France, toujours à petites journées, par Neufchâtel, Pontarlier et Dôle, où nous restâmes un jour chez mon oncle Camille Jordan, qui s'y était fixé après son mariage.
Nous avons été de retour à Lyon exactement pour le Ier octobre, après un voyage d'un mois, par le plus beau temps du monde, car nous n'avions eu qu'une demi-journée de pluie, entre Thun et Interlaken.
Nous étions arrivés en même temps, au bout de notre voyage et au bout de notre argent.
Voici le résumé sommaire et approximatif de nos dépenses:
Le prix des tables d'hôte dans les premiers hôtels ne dépassait jamais 3 francs vin compris, souvent il était inférieur; dans les chambres doubles, le prix d'un lit était en général de 1 franc par jour. Le déjeuner du matin ne coûtait que 50 à 60 cent.
Notre dépense normale par personne était donc de 5 francs par jour à peu près; pour quatre, cela faisait 20 francs, pour trente jours 600 francs. Il nous était donc resté 400 francs pour le domestique, le cheval et les dépenses supplémentaires de l'Oberland.
Aujourd'hui, pour le même temps et le même parcours, il faudrait certainement dépenser le triple. Je le sais par expérience, car je suis retourné bien souvent en Suisse depuis 1834; j'ai revu presque toutes les villes que j'avais alors visitées; j'ai revu l'Oberland, il n'y a pas très longtemps.
De tous mes voyages, le plus ancien, que je viens de raconter, est celui dont je me souviens le mieux; si mon esprit et ma mémoire ont conservé une vive impression des magnificences vues à cette époque lointaine, mon cœur conserve avec plus de charme encore le souvenir de mes compagnes et de mon compagnon.