CHAPITRE V
Voyage en voiturin d'Allemagne en Italie où l'on met quarante jours pour aller de Francfort-sur-le-Mein à Florence, sur l'Arno, et retour en Auvergne par Gênes, Marseille et les Cévennes, en 1839.
es trois voyageurs dont je vais vous parler vous les connaissez déjà, lecteur, c'étaient ma mère, mon frère et moi.
Depuis notre voyage en Suisse, de 1834, nos situations avaient changé. Poursuivant ma carrière, j'avais été envoyé comme ingénieur du Gouvernement à Clermont, en Auvergne, où j'étais depuis 1836.
Mon père et mon oncle, François Aynard, étaient bien venus, les premiers, pour établir des bateaux à vapeur sur la Saône et sur la Méditerranée, de Marseille à Naples; mais cette application d'une invention nouvelle, encore dans l'enfance, ne leur avait pas donné les résultats qu'ils en attendaient. Il était arrivé ce qui arrive presque toujours, c'est-à-dire, qu'à leurs dépens, ils avaient ouvert la voie pour d'autres, qui, bientôt après eux, devaient y faire des grandes fortunes.
Mon frère, qui désirait suivre la carrière du commerce, avait dû chercher ailleurs. Désirant étudier la banque, il avait obtenu de M. Louis Mas, allié de notre famille, chef d'une grande maison en rapports fréquents avec l'Allemagne, une recommandation pour M. de Neuville, banquier à Francfort-sur-le-Mein; M. de Neuville avait bien voulu le recevoir chez lui, et ma mère l'avait accompagné dans ce noviciat à l'étranger.
Après deux hivers passés à Francfort, ma mère y fut très malade; les médecins déclarèrent, au mois de janvier 1839, que le pays ne lui convenait pas, et qu'il fallait absolument le climat de l'Italie pour la guérir.
Il fut donc décidé que ma mère et mon frère partiraient le plus tôt possible pour Florence, à petites journées, et que, si je pouvais, je ferais avec eux ce voyage.
Diverses circonstances de service m'avaient déjà mis en rapport avec M. Legrand, directeur général des Ponts et Chaussées, alors tout puissant, qui voulut bien m'accorder un congé motivé, de deux mois, pour accompagner ma mère.