Je partis de Clermont au milieu de février; je me rendis à Lyon par la diligence et de Lyon à Strasbourg par la malle de poste. Je ne pouvais pas y passer sans faire les deux choses obligatoires: visiter la cathédrale de la base au sommet de la flèche, et faire une commande à Doyen, rue du Dôme, pâtissier de vieille souche, pour un cadeau de ma mère à M. de Neuville.
Après avoir traversé le Rhin sur un pont de bateaux, j'allai jusqu'à Francfort par les voitures publiques du grand-duché de Bade. Je vis en passant Carlsrhue, ville de résidence ducale, Heidelberg avec son vieux château et Darmstad avec ses larges rues.
Dans cette région, l'industrie du transport des personnes et des lettres faisait l'objet d'une concession, dont le titulaire était le prince La Tour et Taxis; lui seul avait le droit d'établir des voitures publiques suivant un tarif fixé d'avance et modéré; mais en échange de ce privilège, il était obligé de transporter tous les voyageurs, quel qu'en fût le nombre.
Quand il n'y avait plus de places dans les grandes voitures du service régulier, on faisait partir de petites voitures de supplément; ce système avait le grand avantage de ne pas obliger les voyageurs, comme en France, à retenir leurs places longtemps d'avance, sous peine de ne pas partir au moment voulu.
Je trouvai ma mère très changée; sa vie cependant ne paraissait pas en danger; elle souffrait de violents maux d'estomac. L'époque de notre départ fut fixé, et je restai une dizaine de jours à Francfort, assez de temps pour être présenté dans les principales maisons où ma famille était reçue.
Je trouvai des mœurs et des habitudes bien différentes des nôtres.
On était au milieu de l'hiver; il faisait très froid; cependant, dans les appartements, toutes les portes intérieures étaient ouvertes.
Les portes extérieures donnaient toutes sur des tambours qui permettaient toujours d'avoir doubles portes, évitant ainsi l'introduction directe de l'air du dehors.
Sur un grand nombre des portes extérieures, on lisait cette inscription en gros caractères: Man bittet die thuren zuzu machen (on est prié de fermer les portes).
La température était uniforme dans l'intérieur de l'appartement; une fois entré, on n'avait donc plus à se préoccuper de fermer les portes, qui souvent même n'existaient pas; ni d'être exposé aux courants d'air, puisqu'ils ne sont que le résultat de la différence de température entre deux milieux. Cette chaleur uniforme s'obtenait au moyen de grandes poêles de faïence qui chauffaient sans montrer le feu.