De même qu'en Angleterre, on ne reçoit jamais dans une chambre à coucher. Quelquefois, on recevait dans la salle à manger, ou je crois plutôt que l'on mange quelquefois dans la pièce où l'on reçoit les visites.
On met et on enlève les tables et le couvert très rapidement, de sorte que l'espace est entièrement libre quand on ne mange pas.
Aussitôt que nous étions reçus dans une visite, quelle que fût l'heure, on nous apportait des tasses de café et des gâteaux sur une petite table mobile.
Dans beaucoup de maisons, à la fenêtre près de laquelle madame travaillait, une glace inclinée reflétait tout ce qui se passait dans la rue. Quand une visite frappait à la porte, la maîtresse de maison distinguait parfaitement celui qui se présentait.
Avec ma famille, je suis allé dîner chez le vieux M. Gontard (alt Gontard), suivant la façon de parler du pays; c'était une des fortes têtes de la ville, et le chef d'une des premières maisons de banque.
On ne buvait jamais l'eau et le vin mélangés; le grand verre était pour l'eau, les petits pour le vin; les dames n'en buvaient presque pas.
Les pains ordinaires étaient partout des petits pains tendres comme les pains dits viennois, que l'on mange à Paris depuis peu de temps, relativement à Francfort.
C'est là, chez M. alt Gontard, que pour la première fois et la seule jusqu'à présent, j'ai mangé du caviar, œufs d'esturgeons salés; c'était un mets rare, qui venait directement de Russie; il paraît qu'on nous faisait beaucoup d'honneur; je pensais, en me tordant la bouche, que c'était se donner beaucoup de peine et dépenser beaucoup d'argent pour quelque chose de bien mauvais.
Dans une visite chez M. Maurice Betmann, j'ai vu, je crois, la plus belle statue des temps modernes, l'Ariane du sculpteur Dannecker; elle est assise sur un léopard. Ce groupe en marbre blanc, parfaitement équilibré, peut tourner facilement sur un pivot, pour recevoir la lumière sur toutes ses faces.
J'ai assisté, avec mon frère, à un grand bal, dans un des hôtels magnifiques de la Zeil, chez un des principaux banquiers de la ville, dont j'ai oublié le nom. En dehors des grands bals officiels de Paris, aux Tuileries ou à l'Hôtel de Ville, je n'ai jamais vu plus belle fête; elle présentait un aspect particulier pour un Français.