On venait d'établir une distribution d'eau, au moyen de captage de sources, au Taunus, près de la Forêt-Noire, par des galeries souterraines; on m'y conduisit avec empressement. Les employés firent jouer exprès pour moi quelques-uns des jets d'eau réservés pour les cas d'incendie. Ainsi, déjà en 1839, on jouissait à Francfort d'un établissement qui n'a été installé à Lyon que vingt ans plus tard.
La maladie de ma mère nous obligeait aux plus grandes précautions, et de plus à une alimentation particulière. Les médecins, qu'elle avait consultés, lui avaient ordonné de se nourrir uniquement de jambon. Nous en fîmes donc provision, c'étaient des jambons fumés de Mayence; nous étions dans le pays. Nous les avions fait cuire chez le boulanger, dans une enveloppe de pâte, recette alors en France inconnue. On les mettait dans le four aussitôt après la cuisson du pain.
Nous nous sommes si bien trouvés pour ma mère de ce régime thérapeutique, et pour tous de ce procédé culinaire, qui eût fait le bonheur de Brillat-Savarin, que je considère cette double communication à mes lecteurs, comme une indemnité suffisante de la peine qu'ils ont prise de me lire jusqu'ici.
Nous devions faire le voyage en voiturin à petites journées; c'est-à-dire, prendre une voiture particulière d'une ville à l'autre, en séjournant un peu dans chacune, suivant son importance et surtout suivant les forces de ma mère.
Nous sommes partis à la fin de février, dans une calèche qui nous conduisit d'abord à Aschaffenbourg, puis à Wurtzbourg, ville assez curieuse; j'ai conservé particulièrement le souvenir du pont dit: Pont-aux-Évêques, ainsi nommé à cause des statues qui le décorent.
Nous arrivâmes le Ier mars à Nuremberg, ville ancienne, située sur la Pegnitz, affluent du Danube, et des plus intéressantes. On y trouve un grand nombre de maisons du Moyen Age bien entretenues et bien conservées.
On voit un château des Kaisers (Césars), beaucoup de tableaux d'Holbein, d'Hemeling et surtout d'Albert Durer et de son maître Lucas Krannach.
Albert Durer, né en 1471, était nurembergeois; plusieurs de ces peintures m'ont laissé le souvenir d'œuvres bien supérieures à celles que nous avons en France, des mêmes auteurs.
Il y a dans le même château, une chapelle byzantine de 1100, et des sculptures en bois très remarquables de Wreit-Stoss. L'hôtel de ville (Rathhaus) est fort curieux, il date de 1340; il faut voir le plafond de la galerie du deuxième étage.
Les églises les plus importantes sont: