C'est plus que jamais le cas de dire devant cette tombe, ce que dit Lamartine pour Napoléon: Dieu l'a jugé, silence!
Quant à nous pauvres Français de 1888! que nous préparent ces grandes catastrophes de l'histoire? Sans nous laisser abattre par les tristesses de notre malheureux pays, écoutons encore du côté de Rome les échos du 1er janvier 1888, dans la basilique de Saint-Pierre; prions, espérons et disons: Dieu seul le sait, courage!
Le kronprinz doit aller en trente-six heures de San-Remo à Berlin, sans quitter le chemin de fer, et même sans changer de voiture ou de salon; notre voyage ne se faisait pas précisément dans les mêmes conditions.
Le Brenner était tout blanc de neige; la route était impraticable aux voitures; on fut obligé de démonter la nôtre, et de mettre la caisse sur un traîneau, après avoir enlevé les roues.
Nous étions le 16 mars 1839 au col du Brenner. On faisait des travaux considérables et fort ingénieux, pour empêcher les encombrements. La neige était assez dure pour qu'on pût la couper en blocs cubiques de 0m30 à 0m40 de côté; avec ces blocs on construisait des murailles très épaisses et très hautes, perpendiculaires à la direction du vent; derrière ces murs, la neige s'accumulait, au lieu de venir encombrer la route.
En descendant du Brenner, nous avons traversé Brixen, Botzen et Trente dans la vallée de l'Adige.
La route était bonne, mais souvent trop étroite; dans certains passages deux voitures pouvaient à peine s'y croiser; avant Vérone à l'entrée de la Lombardie, elle est très escarpée; l'Adige coule entre deux massifs de rochers taillés à pic.
À Trente, capitale du Tyrol italien, nous avons visité la cathédrale où s'est tenu le célèbre concile; elle est de style roman. Le souvenir particulier que j'en ai conservé, est une porte latérale, dont les colonnes extérieures reposent par leurs bases sur des animaux fantastiques.
Après un voyage aussi mouvementé, ma mère avait besoin de repos. Elle s'arrêta quelques jours à Vérone avec mon frère; ils devaient aller plus tard à Venise. Je profitai de cette halte pour y faire tout seul une excursion, chose qui ne me serait pas possible de faire plus tard; je n'en étais qu'à une journée. Je m'en applaudis d'autant plus que je n'ai pas eu l'occasion d'y retourner.
Après avoir visité les arènes, monument romain très bien conservé, je quittai la patrie de Paul Véronèse pour me diriger sur Venise, en passant par Vicence, où j'admirai, de la diligence, un beau monument de Palladio (xvie siècle).