—Pardon, murmure-t-elle d'une voix étouffée, je ne puis pas vous voir, je ne puis voir personne; et d'un geste violent elle veut renvoyer Emmeline.
—Allons, dit celle-ci, laissons là le mélo, ou nous ne finirons jamais! Tu as toujours pris la vie au tragique; tu ne peux pas te figurer que c'est une comédie, comme Mercadet et Les Fourberies de Scapin: mais, parlons bien! Ton Agénor s'est trompé de nom en signant une lettre de change, et il a oublié de payer la lettre de change, et tu as peur qu'il n'aille là-bas; il n'ira pas, voilà son papier!
—Hein! fit Euphrasie stupéfaite jusqu'à l'épouvante, on vous l'a donné? vous me le rendez!
Et elle couvrait de baisers et de larmes les mains de la petite Mignon.
Emmeline regarda mademoiselle Godevin avec une insolente et profonde pitié.
—Ah! murmura-t-elle, cette fille-là ne comprendra jamais. Mais voyons, cherche-moi d'abord de l'eau-de-vie et une robe de chambre, et un cigare, et des pantoufles! et puis causons.
Et lorsque Euphrasie eut obéi, Emmeline reprit:
—Écoute-moi, grande sotte, et ne réponds rien, tu dirais des choses inutiles! On ne m'a pas donné ça, parce qu'on ne donne rien, mais je l'ai acheté, parce que j'achète tout ce que je veux! Maintenant, je ne viens pas te le rendre, je viens te le vendre; je ne t'aime pas, moi, je n'aime personne.
—Mais, balbutia Euphrasie, je n'ai plus rien, il m'a tout pris!
—Enfin! dit Emmeline avec un profond soupir, décidément elle est bête! Innocente que tu es (et elle s'enveloppait d'une fumée épaisse!), il paraît que tu as quelque chose encore, puisque je viens t'offrir de la marchandise, et tu sais une chose, c'est que je ne fais pas partie de la société du doigt dans l'oeil.