—Madame, dit-elle en s'inclinant légèrement, je croyais trouver ici M. de Lizoles?

Mais à peine eut-elle laissé échapper ces mots, comme si son coeur eût été de cristal, elle le sentit pénétré par le clair regard de l'inconnue, et elle eut la révélation positive que tout mensonge devait s'émousser contre sa clairvoyance terrible, comme les flèches d'acier sur une statue de diamant.

D'un geste rhythmé comme une musique, Céline Zorès montra un siége à madame de Klérian; ses lèvres s'ouvrirent, et avant qu'elle eût articulé une syllabe, Paule sentit qu'elle allait entendre une harmonieuse voix aux notes d'or.

—Madame, dit Céline Zorès, je suis heureuse que vous soyez venue, car on assure que la jalousie est un mal cruel, et ce mal, je puis vous en guérir. Vous pouvez sans crainte aimer Flavien.

Madame de Klérian éprouva une angoisse inouïe en entendant cette fille de rien qui lui parlait comme peut parler une reine, et en s'avouant tout bas qu'elle se soumettait malgré elle à un ascendant inexplicable. Ses jolies lèvres se froncèrent; la révolte éclata dans ses yeux charmants.

—Pourtant, répondit-elle avec impatience, vous êtes sa maîtresse.

—Madame, reprit Céline Zorès, je vous répète que vous ne devez pas être jalouse.

—Je le comprends, fit la belle Paule, en qui se réveilla tout l'orgueil de la race. Jalouse de quoi? d'un amour que vous accordez à tous ceux qui ont modelé ou peint vos images? de cette beauté qui n'a plus de secrets pour personne?

—Regardez-moi, dit Céline avec une douceur ineffable. (Et, rejetant derrière elle des flots d'étoffes, elle se leva triomphante et comme épouvantée elle-même des perfections qu'elle montrait au jour.) Regardez-moi et regardez-vous. Votre beauté ne perd rien auprès de ma beauté, hélas! divine; car partout dans ce sourire, dans ces plis où niche la grâce, se révèlent les sentiments humains. Mais moi, ne remarquez-vous pas que l'idée même de l'amour jure avec mon visage implacable; où l'amour pourrait-il se prendre dans cette perfection désespérée?

Certes, si j'avais été assez heureuse pour connaître ses délicieuses faiblesses, je pourrais l'avouer la tête haute, car la honte suppose une sorte de déchéance, et comment pourrais-je déchoir? Hélène enlevée à l'âge de treize ans par le vainqueur des Pallantides, ou Vénus aimant Adonis au fond des bois, vivent-elles dans notre mémoire comme des femmes méprisées et humiliées? La parfaite beauté n'est-elle pas comme la neige, comme les étoiles, comme la clarté des sources que rien ne peut souiller et ternir? Mais, hélas! jamais une lèvre embrasée n'a effleuré mon front; jamais la main d'un homme n'a touché mes doigts d'ivoire. Dans ma poitrine habite un coeur calme et héroïque dont rien ne trouble la pureté et que ne font pas battre les désirs terrestres.