Il faut la voir, le vendredi,
Jour de Vénus et de marée,
Trôner, pimpante, chamarrée,
Au comptoir de persil verdi.
Sa main plus rose que l'ouïe
Des goujons au reflet changeant,
Sert les poissons d'or et d'argent
A sa clientèle éblouie.
Il faut la voir aller, venir,
Dans sa boutique fabuleuse
Où la pêche miraculeuse
Semble étaler son souvenir.
Pour lui plaire, sa marchandise
Adoucit ses bouquets salins,
Les homards deviennent câlins
Les moules se font friandise.
Rivales des beaux harengs-saurs,
Près des turbots tout ronds aux teintes
Blafardes de lunes éteintes,
Les carpes allument leurs ors.
Les saumons aux mines paternes,
Voisins des caviars rancis,
Comme des amoureux transis
Ouvrent de grands yeux ronds et ternes.
Sur les hauts rayons consacrés,
L'enfilade des coquillages
En vain combat les maquillages
De son oreille aux feux nacrés.
A ses pieds les crabes oranges
Frôlés du bas de son jupon,
Semblent des monstres du Japon
Fondus dans des bronzes étranges.
Les maquereaux, poissons... de cœur
Exagérant leurs dos infâmes
Dont raffolent certaines femmes,
La contemplent d'un air moqueur.
Les piments aux lueurs de forge
Dans les bocaux de cornichons,
Tirent la langue à ses nichons
Que jalousent les airs de gorge