VI
MER DES MORTS
Ce soir, la mer semble un cimetière. Les cieux,
Tristes comme ma joie, ont surbaissé leur arche
Sous laquelle on dirait des corbillards en marche,
Les grands nuages noirs roulant silencieux.
Il fait plus sombre en moi que là-haut, et mes larmes
Fêtent des corbillards bien plus mornes: mon cœur,
Dans l'infini des spleens, revoit passer le chœur
Des fantômes aimés et des primes alarmes...
Mer lugubre et sans fond, tes abîmes discrets
Gardent également d'innombrables secrets.
Suaire que l'écume ourle de sa dentelle!
Aussi, lorsque la lune, aux flots noirs ondulant,
Sur l'immense tombeau pose son reflet blanc,
On croit voir la couronne où se meurt l'immortelle.
VII
REVANCHES
Pour sauver leur âme et leurs os
De leurs spleens irrémédiables,
Que d'autres s'en aillent aux eaux,
Aux feux, aux monts... à tous les diables...
Nous, mieux inspirés, ne quittons
Point notre allègre capitale:
En l'honneur des bénins piétons
Sa grâce estivale s'étale.
Ils sont partis, tous les gêneurs,
O libératrices vacances,
Seuls, noyés dans les promeneurs,
Quelques intrus sans conséquences.