La ville à nous seuls, c'est charmant,
On est chez soi même au théâtre
Où l'on ne compte plus, vraiment,
Avec «le public idolâtre».

Pendant que les bons exilés
Rissolent dans quelque fournaise,
Et, par les hôteliers volés,
Bataillent contre la punaise.

Nous, toujours dispos et bavards,
Sous les draches rafraîchissantes,
Nous passons sur les boulevards
Des heures certes ravissantes.

Là-bas ils vont sucer des eaux
Qui couvent des œufs cholériques,
Et, dans des verres à biseaux,
Nous lampons des liqueurs féeriques.

D'autres risquent de dérailler
En cherchant au loin le mystère;
D'ici nous pouvons les railler:
A pied nous partons pour Cythère.

D'autres, enfin, cœurs élargis,
Pour s'amuser mieux, les infâmes,
Laissèrent l'épouse au logis...
C'est nous qui consolons leurs femmes.


VIII
MARINE SENTIMENTALE

J'ai vu la mer, j'ai vu la mer immense et blonde
Elle étalait sa nappe au large horizon gris
Et l'on eut dit, là-bas, le firmament et l'onde,
Deux lèvres de géant closes dans un souris.

Au soleil emperlant son dos frangé, la vague
S'en venait se rouler sur le sable étoilé
De coquillages blancs où dort la plainte vague
De quelque néréide à l'amour envolé.