La mouette rayait, grise, le flot qui gronde...
J'ai vu la mer, j'ai vu la mer immense et blonde
Elle poussait vers moi son grand rugissement.

Mais sa voix ne saurait étouffer dans mon âme
L'inoubliable et doux et long bruissement
Du chaud baiser d'adieu de sa lèvre de flamme.


IX
PIEUVRE

A l'égal des beaux soirs qu'empourpre le soleil
Votre chevelure flamboie:
Votre front radieux et serein, c'est l'éveil
De l'aurore en robe de soie.

Votre bouche est semblable à quelque fleur de sang,
Fleur qui consume, fleur qui glace.
Votre bras, des lis frère en blancheur, est puissant
Comme un serpent qui vous enlace.

Dans votre rire ailé je bois l'oubli vainqueur...
Ils rappellent, vos yeux, la mer profonde et brune,
La morne mer des nuits sans lune.

Et comme cette mer sombre et sans fond, mon cœur
Entr'ouvre un autre abîme où mon œil en vain plonge
Pour voir la pieuvre qui le ronge.


X
PROFANES