Comme sur l'eau qui bout monte et chante l'écume,
Sur la ville toujours plane une ardente brume,
Un bourdonnement sourd fait de cent bruits confus.

Ce sont les tintements et les grêles volées
Des cloches, de leurs voix sonores ou fêlées,
Chantant, à plein gosier, dans leurs beffrois touffus;

C'est le vent dans le ciel et l'homme sur la terre;
C'est le bruit des tambours et des clairons de guerre,
Où des canons grondeurs sonnant sur leurs affuts;

C'est la rumeur des chars, dont la prompte lanterne
File comme une étoile à travers l'ombre terne,
Emportant un heureux aux bras de son désir;

Le soupir de la vierge, au balcon accoudée,
Le marteau sur l'enclume et le fait sur l'idée;
Le cri de la douleur ou le chant du plaisir.

Dans cette symphonie au colossal orchestre,
Que n'écrira jamais musicien terrestre,
Chaque objet fait sa note impossible à saisir.

Vous pensiez être en haut, mais voici qu'une aiguille,
Où le ciel découpé par dentelles scintille,
Se présente soudain devant vos pieds lassés.

Il faut monter encor dans la mince tourelle,
L'escalier qui serpente en spirale plus frèle,
Se pendant aux crampons de loin en loin placés.

Le vent, d'un air moqueur, à vos oreilles siffle,
La goule étend sa griffe et la guivre renifle;
Le vertige alourdit vos pas embarrassés.

Vous voyez loin de vous, comme dans des abîmes,
S'aplanir les clochers et les plus hautes cimes;
Des aigles les plus fiers vous dominez l'essor.