Votre sueur se fige à votre front en nage;
L'air trop vif vous étouffe: allons, enfant, courage!
Vous êtes près des cieux; allons, un pas encor!

Et vous pourrez toucher, de votre main surprise,
L'archange colossal que fait tourner la brise,
Le saint Michel géant qui tient un glaive d'or;

Et si, vous accoudant sur la rampe de marbre,
Qui palpite au grand vent, comme une branche d'arbre,
Vous dirigez en bas un oeil moins effrayé;

Vous verrez la campagne à plus de trente lieues,
Un immense horizon, bordé de franges bleues,
Se déroulant sous vous comme un tapis rayé;

Les carrés de blé d'or, les cultures zébrées,
Les plaques de gazon, de troupeaux noirs tigrées;
Et, dans le sainfoin rouge, un chemin blanc frayé;

Les cités, les hameaux, nids semés dans la plaine,
Et partout, où se groupe une famille humaine,
Un clocher vers le ciel, comme un doigt s'allongeant.

Vous verrez dans le golfe, aux bras des promontoires,
La mer se diaprer et se gauffrer de moires,
Comme un kandjiar turc damasquiné d'argent;

Les vaisseaux, alcyons balancés sur leurs ailes,
Piquer l'azur lointain de blanches étincelles
Et croiser en tous sens leur vol intelligent.

Comme un sein plein de lait gonflant leurs voiles ronde,
Sur la foi de l'aimant, ils vont chercher des mondes,
Des rivages nouveaux sur de nouvelles mers!

Dans l'Inde, de parfums, d'or et de soleil pleine,
Dans la Chine bizarre, aux tours de porcelaine,
Chimérique pays peuplé de dragons verts;