«Comme elle fleure bon, maintenant! la chaleur de mon sein lui fait exhaler sa petite âme de fleur timide et modeste.

—Vous l’avez parfumée, répondit Sigognac, portant la violette à ses lèvres pour y prendre le baiser d’Isabelle; cette délicate et suave odeur n’a rien de terrestre.

—Ah! le méchant, fit Isabelle, je lui donne à la bonne franquette une fleur à sentir, et le voilà qui aiguise des concetti en style marinesque, comme si, au lieu d’être sur un grand chemin, il coquetait dans la ruelle de quelque illustre précieuse. Il n’y a pas moyen d’y tenir; à toute parole, même la plus simple du monde, il répond par un madrigal!»

Cependant, en dépit de cette bouderie apparente, la jeune comédienne n’en voulait sans doute pas beaucoup à Sigognac, car elle lui reprit le bras, et peut-être même s’y appuya-t-elle un peu plus que ne l’exigeaient sa démarche, ordinairement si légère, et le chemin, uni en cet endroit comme une allée de jardin. Ce qui prouve que la

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vertu la plus pure n’est pas insensible à la louange et que la modestie même sait récompenser une flatterie.

La charrette gravissait avec lenteur sur une pente assez roide, au bas de laquelle quelques chaumines s’étaient accroupies, comme pour s’éviter la peine de la monter. Les manants qui les habitaient étaient allés aux champs pour quelques travaux de culture, et l’on ne voyait au bord du chemin qu’un aveugle accompagné d’un jeune garçon, resté là, sans doute, pour implorer la charité des voyageurs.