—Où est Isabelle?» cria Sigognac, parcourant de l’œil la salle faiblement éclairée par la lueur vacillante d’une petite lampe.

Il ne l’aperçut point d’abord. Le duc de Vallombreuse, surpris par la brusque ouverture des battants, s’était acculé dans un angle, plaçant derrière lui la jeune comédienne à demi pâmée d’épouvante et de fatigue; elle s’était affaissée sur ses genoux, la tête appuyée à la muraille, les cheveux dénoués et flottants, les vêtements en désordre, les ferrets de son corsage brisés, tant elle s’était désespérément tordue entre les bras de son ravisseur, qui, sentant sa proie lui échapper, avait essayé vainement à lui dérober quelques baisers lascifs, comme un faune poursuivi entraînant une jeune vierge au fond des bois.

«Elle est ici, dit Chiquita, dans ce coin, derrière le seigneur Vallombreuse; mais pour avoir la femme, il faut tuer l’homme.

—Qu’à cela ne tienne, je le tuerai, fit Sigognac en s’avançant l’épée droite vers le jeune duc déjà tombé en garde.

—C’est ce que nous verrons, monsieur le capitaine Fracasse, chevalier de bohémiennes,» répondit le jeune duc d’un air de parfait dédain.

Les fers étaient engagés et se suivaient en tournant autour l’un de l’autre avec cette lenteur prudente qu’apportent aux luttes qui doivent être mortelles les habiles de l’escrime. Vallombreuse n’était pas d’une force égale à celle de Sigognac; mais il avait, comme il convenait à un homme de sa qualité, fréquenté longtemps les académies, mouillé plus d’une chemise aux salles d’armes, et travaillé

La victoire semblait restée aux assaillants. ([Page 415.])