—Après, après, vous croyez, vous autres, qu'un dîner se compose aussi facilement qu'un poëme. Un cuisinier ferait plutôt une bonne tragédie qu'un auteur tragique ne ferait un bon dîner.
Mais je vois que, si je continue ainsi, je cours grand risque de faire avaler à mes héros des côtelettes de tigre, des beefsteaks de chameau et des filets de crocodile, au lieu de les régaler de mets congrus et approuvés par Carême. Que faire? Je ne sais qu'un expédient pour me tirer de ce mauvais pas.
—Mariette! Mariette!
—Plaît-il, monsieur?
—Apportez-moi votre livre de cuisine.
—Voilà, monsieur.
—Je m'en vais tout bonnement transcrire un menu de dîner de vingt-quatre couverts; au moins nous serons sûrs de ce qu'ils mangeront.
—Diable! ce n'est que la Cuisinière bourgeoise; je croyais que c'était le Cuisinier royal. Il n'y a pas de dîner de vingt-quatre couverts, et ces mets-là ne m'ont pas l'air anacréontiques. Ma foi, tant pis, vous vous en accommoderez pour cette fois-ci.
Je transcris littéralement:
TABLE DE QUATORZE COUVERTS, ET QUI PEUT SERVIR POUR VINGT A DINER.