ROSETTE.—Embrassez-moi et caressez-moi tant que vous voudrez, cela m'est égal; je suis ici pour cela; mais, pour ce que vous dites, je n'y consentirai pas.

PHILADELPHE, se dressant tant mal que bien sur ses pieds de derrière.—Messieurs, ne croyez pas que j'exige de cette auguste princesse quelque chose de monstrueux; ne prenez pas, je vous en prie, une si mauvaise idée de mes mœurs. Je lui demande une petite faveur toute pastorale, et qui ne tire nullement à conséquence. Rien, moins que rien; il ne s'agit que d'une bagatelle, c'est de me laisser mettre mes bottes sur sa gorge; j'ai une autorité pour cela, et je suis dans mon droit: c'est moi qui fais Raphaël, et Rosette, Aquilina. Voici le passage dont je m'appuie; vous jugerez vous-mêmes si j'ai tort:—Si tu n'avais pas les deux pieds sur cette ravissante Aquilina… C'est Émile qui parle à Raphaël; il n'y a pas à sourciller, c'est on ne peut plus formel.

DIFFÉRENTES VOIX.—Il a raison, il a raison. Allons, Rosette, exécute-toi de bonne grâce.

ROSETTE.—Me faire meurtrir la gorge et tacher ma robe pour satisfaire un pareil caprice, jamais!

UN OFFICIEUX.—Il ôtera ses bottes.

(Philadelphe ôte ses bottes: deux ou trois de ses camarades prennent Rosette et la couchent par terre. Philadelphe pose légèrement son pied dessus. Rosette crie, se débat, et finit par rire: c'est par où elle aurait dû commencer.)

VOIX DE FEMMES, à l'autre bout de la table.—Au secours! au secours!

UN FLAMBART.—Eh bien! quoi? qu'avez-vous à crier? On veut vous jeter par les fenêtres, c'est bachique, c'est échevelé, et cela a une belle tournure; rien au monde n'est moins bourgeois.

LAURE.—Mais c'est un vrai coupe-gorge ici.

CELUI-CI.—On sait vivre, on a des égards pour les dames, on les ouvrira auparavant, non pas les dames, mais les fenêtres; il faut éviter l'amphibologie. Le Français est essentiellement troubadour.