| Premières Poésies (Albertus.—La Comédie de la mort, etc.) | 1 vol. |
| Mademoiselle de Maupin | 1 vol. |
| Le capitaine Fracasse | 2 vol. |
| Le Roman de la Momie. Nouvelle édition | 1 vol. |
| Spirite, nouvelle fantastique | 1 vol. |
| Voyage en Russie | 2 vol. |
| Voyage en Espagne (Tras los montes) | 1 vol. |
| Romans et Contes (Avatar.—Jettatura, etc.) | 1 vol. |
| Nouvelles (La Morte amoureuse.—Fortunio, etc.) | 1 vol. |
| Tableaux de Siége.—Paris, 1870–1871 | 1 vol. |
| Émaux et Camées. Édition définitive, ornée d'un Portrait à l'eau-forte, par J. Jacquemart | 1 vol. |
| Théâtre (Mystère, Comédies et Ballets) | 1 vol. |
| Histoire du Romantisme | 1 vol. |
PARIS.—IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.
PRÉFACE
Pierrot.—Je te dis toujours la même chose, parce que c'est toujours la même chose; et si ce n'était pas toujours la même chose, je ne te dirais pas toujours la même chose.
Le Festin de Pierre.
Ceci, en vérité, mon cher monsieur ou ma belle dame, n'est autre chose qu'une préface, et une préface fort longue: je n'ai pas la moindre envie de vous le dissimuler ou de vous en demander pardon. Je ne sais si vous avez la fatuité de ne pas lire les préfaces; mais j'aime à supposer le contraire, pour l'honneur de votre esprit et de votre jugement. Je prétends même que vous me remercierez de vous en avoir fait une; elle vous dispense de deux ou trois contes plus ou moins fantastiques, que vous eussiez eus sans cela, et vous conviendrez, si récalcitrants que vous soyez, que ce n'est pas une mince obligation que vous m'en devez avoir. J'espère que celle-ci tiendra la moitié du volume; j'aurais bien voulu qu'elle le remplît tout entier, mais mon éditeur m'a dit qu'on était encore dans l'habitude de mettre quelque chose après, pour avoir le prétexte de faire une table. C'est une mauvaise habitude; on en reviendra. Qu'est-ce qui empêche de mettre la préface et la table côte à côte, sans le remplissage obligé de roman ou de contes? Il me semble que tout lecteur un peu imaginatif supposerait aisément le milieu, à l'aide du commencement et de la fin: sa fiction vaudrait probablement mieux que la réalité, et d'ailleurs il est plus agréable de faire un roman que de le lire.
Moi, pour mon compte, et je prétends vous convertir à mon système, je ne lis que les préfaces et les tables, les dictionnaires et les catalogues. C'est une précieuse économie de temps et de fatigue: tout est là, les mots et les idées. La préface, c'est le germe; la table, c'est le fruit: je saute comme inutiles tous les feuillets intermédiaires. Qu'y verrais-je? des phrases et des formes; que m'importe! Aussi, depuis deux ans que j'ai fait cette précieuse découverte, je suis devenu d'une érudition effroyable: je ferais honte à Cluverius, à Saumaise, à dom Calmet, à dom Sanchez et à tous les dom bénédictins du monde; je disserterais, comme Pic de la Mirandole, de omni re scibili et quibusdam aliis. Citez-moi quelque chose que je ne sache pas, je vous en défie; et, pour peu que vous usiez de ma méthode, vous arriverez au même résultat que moi.
Il en est des livres comme des femmes: les uns ont des préfaces, les autres n'en ont pas; les unes se rendent tout de suite, les autres font une longue résistance; mais tout finit toujours de même… par la fin. Cela est triste et banal; cependant que diriez-vous d'une femme qui irait se jeter tout d'abord à votre tête? Vous lui diriez comme le More de Venise à Desdemona:
… à bas, prostituée!
Cette femme serait une catin sans vergogne: pourquoi voulez-vous donc qu'un livre soit plus effronté qu'une femme, et qu'il se livre à vous sans préliminaire? Il est vrai que la fille que vous louez six francs n'y fait pas tant de façons, et vous avez acheté le livre vingt sous de plus que la fille. Il est à vous, vous pouvez en user et en abuser; vous n'accorderez pas même à sa virginité le quart d'heure de grâce, vous le touchez, vous le maniez, vous le traînez de votre table à votre lit, vous rompez sa robe d'innocence, vous déchirez ses pages: pauvre livre!
La préface, c'est la pudeur du livre, c'est sa rougeur, ce sont les demi-aveux, les soupirs étouffés, les coquettes agaceries, c'est tout le charme; c'est la jeune fille qui reste longtemps à dénouer sa ceinture et à délacer son corset, avant d'entrer au lit où son amoureux l'attend.