ONUPHRIUS
OU
LES VEXATIONS FANTASTIQUES
D'UN ADMIRATEUR D'HOFFMANN
Croyoit que nues feussent paelles d'arin, et que vessies feussent lanternes.
Gargantua, liv. I, ch. XI.
—Kling, kling, kling!—Pas de réponse.—Est-ce qu'il n'y serait pas? dit la jeune fille.
Elle tira une seconde fois le cordon de la sonnette; aucun bruit ne se fit entendre dans l'appartement: il n'y avait personne.
—C'est étrange!
Elle se mordit la lèvre, une rougeur de dépit passa de sa joue à son front; elle se mit à descendre les escaliers un à un, bien lentement, comme à regret, retournant la tête pour voir si la porte fatale s'ouvrait.—Rien.
Au détour de la rue, elle aperçut de loin Onuphrius, qui marchait du côté du soleil, avec l'air le plus inoccupé du monde, s'arrêtant à chaque carreau, regardant les chiens se battre et les polissons jouer au palet, lisant les inscriptions de la muraille, épelant les enseignes, comme un homme qui a une heure devant lui et n'a aucun besoin de se presser.
Quand il fut auprès d'elle, l'ébahissement lui fit écarquiller les prunelles: il ne comptait guère la trouver là.
—Quoi! c'est vous, déjà!—Quelle heure est-il donc?
—Déjà! le mot est galant. Quant à l'heure, vous devriez la savoir, et ce n'est guère à moi à vous l'apprendre, répondit d'un ton boudeur la jeune fille, tout en prenant son bras; il est onze heures et demie.