ROSETTE. — Oui, absolument. J'ai mal employé mon temps, n'est-ce pas?

THEODORE. — Vous auriez pu l'employer mieux, ma pauvre Rosette; par exemple, à aimer quelqu'un qui pût vous rendre votre amour.

ROSETTE. — Je suis désintéressée en amour comme en tout. — Je ne prête pas de l'amour à usure; c'est un pur don que je fais.

THEODORE. — Vous avez là une vertu bien rare, et qui ne peut naître que dans une âme choisie. J'ai désiré bien souvent pouvoir vous aimer, du moins comme vous le voudriez; mais il y a entre nous un obstacle insurmontable, et que je ne puis vous dire — Avez-vous eu un autre amant depuis que je vous ai quittée?

ROSETTE. — J'en ai eu un que j'ai encore.

THEODORE. — Quelle espèce d'homme est-ce?

ROSETTE. — Un poète.

THEODORE. — Diable! quel est ce poète, et qu'a-t-il fait?

ROSETTE. — Je ne sais trop, une manière de volume que personne ne connaît, et que j'ai essayé de lire un soir.

THEODORE. — Ainsi donc vous avez pour amant un poète inédit. — Cela doit être curieux. — A-t-il des trous au coude, du linge sale et des bas en vis de pressoir?