Les détonations crépitèrent à droite et à gauche; les avant-postes, effrayés, se replièrent sur le gros de la troupe, et quelques cipayes, appuyés de soldats rouges parurent courant d'un arbre à l'autre pour s'abriter et viser à coup sûr.
Les éléphants, poussés par les cornacs, s'élancèrent dans tous les sens, renversant les arbres, et foulant aux pieds les ennemis qu'ils rencontraient. Les Anglais (car c'étaient eux), qu'un traître avait prévenus des plans de Dakcha et du lieu de réunion des révoltés, arrivaient de toutes parts et enveloppaient le camp.
Bientôt le combat fut concentré dans l'espèce de carrefour où brillait le grand feu dont nous avons parlé, et le centre de la mêlée devint l'endroit où se trouvaient Volmerange, Dakcha et Priyamvada; à l'acharnement avec lequel ce point était disputé, les assaillants avaient compris que c'était là que devaient être les personnages les plus importants. Huit ou dix Mahrattes, grimpés sur l'éléphant de Volmerange, faisaient un feu continu. Volmerange lui-même, aidé par Priyamvada, qui rechargeait son fusil, abattait un Anglais à chaque coup. Sa vaillante monture, prenant part au combat, poussait des cris furieux, saisissant tantôt un homme, tantôt un cheval avec sa trompe, et les jetait en l'air, ou bien, se penchant un peu, écrasait un peloton ennemi sur la paroi d'un rocher. Les balles pétillaient sur son cuir, comme les grains de grêle et n'avaient d'autre résultat que de lui faire saigner les oreilles, comme si des mouches l'importunaient.
Quant à Dakcha, il tenait à la main une touffe de la sainte plante cousa qu'il froissait entre ses doigts en murmurant l'ineffable monosyllabe om.
La confusion devenait inexprimable, les mousquets détonnaient, les flèches sifflaient, les chevaux hennissaient, les éléphants vagissaient et glapissaient, les blessés se plaignaient; la fumée, concentrée par la voûte du feuillage, flottait en nuages lourds sur les combattants.
Un gros d'Anglais, plus braves et plus résolus que les autres, essayait opiniâtrément de l'éléphant de Volmerange; mais la bête intelligente, acculée à un monstrueux boabab, se servait de sa trompe comme d'un fléau, et les renversait demi-morts des coups formidables qu'elle leur assénait sur la tête; ceux qui échappaient à la trompe n'évitaient pas les balles de Volmerange ou de ses Mahrattes.
Cette lutte ne pouvait durer longtemps. Priyamvada, qui rechargeait les fusils de Volmerange, fut atteinte dans la poitrine; elle ne poussa pas un seul cri; mais une écume rose monta à ses lèvres et signa son dernier baiser sur la main de Volmerange, qu'elle prit, et eut la force de porter à sa bouche, après lui avoir tendu son second mousquet chargé.
Le coup de Volmerange partit et tua roide l'Anglais qui avait visé la pauvre Priyamvada.
Trois des cinq Mahrattes qui s'étaient placés à côté du jeune descendant de Douchmanta avaient glissé à terre du haut de leur forteresse mouvante, tués ou mortellement blessés.
N'ayant plus de poudre, Volmerange hachait à coups de sabre le crâne des soldats et des cipayes qui s'accrochaient aux oreilles de l'éléphant ou appuyaient le pied sur ses défenses pour monter à l'assaut de sa tour.