—Dites-lui qu'elle écrive son nom et ce qu'elle demande sur sa carte.
—C'est ce que j'ai eu l'honneur de lui dire, répondit le valet; mais elle a prétendu qu'elle désirait ne pas se nommer et ne voulait parler qu'à vous-même.
—Est-elle jeune ou vieille, laide ou jolie? demanda le comte par excès de précaution.
—Milord, autant qu'on peut juger de la beauté d'une femme voilée, elle est jolie, et, à la souplesse de sa démarche, on peut juger qu'elle est jeune.
Le comte jeta les yeux sur la pendule et vit qu'il pouvait disposer, d'une demi-heure avant de se rendre chez Amabel, et il dit au valet de chambre d'introduire la dame mystérieuse.
Cette visite singulière, cette insistance à ne pas se nommer, ce voile soigneusement rabattu, tout cela avait une tournure romanesque faite pour séduire l'imagination assez vive du comte. Cependant il éprouvait malgré lui une espèce de terreur vague et de frisson involontaire;—il se vit par hasard dans une glace et se trouva pâle.
La pièce où le comte se tenait était vaste, d'un luxe sévère, éclairée par une seule lampe dont la lumière, concentrée sur un seul point, laissait le reste de la chambre dans l'ombre. Il pleuvait, et la pluie battait les vitres avec un tintement qui rappelait une certaine nuit de tempête...
Une attente anxieuse contrastant avec la légèreté de ses réponses au valet de chambre poignait le cœur de Volmerange; et, lorsque la porte s'ouvrit pour donner passage à l'inconnue, le léger craquement des gonds lui fit faire un soubresaut nerveux.
L'ombre baignait la porte: le comte ne put d'abord bien distinguer la femme qui venait d'entrer.
Avec la politesse d'un gentleman qu'il était, il fit trois pas au-devant d'elle.