Elle était belle, mais d'une pâleur extrême; d'imperceptibles fibrilles violettes marbraient ses paupières et accusaient des larmes récemment versées, dont le coin d'un mouchoir trempé dans l'eau fraîche n'avait pu faire disparaître complètement les traces; sa bouche contractée essayait vainement un sourire; les coins de ses lèvres, remontés avec effort, s'arquaient bientôt douloureusement. Une respiration saccadée et pénible soulevait son corsage; et, quand la femme de chambre s'approcha d'elle pour poser sur son front la couronne de fleurs d'oranger, une légère rougeur couvrit ses joues décolorées.
Miss Édith Harley avait plutôt l'air d'une victime que l'on pare pour le sacrifice que d'une jeune vierge marchant à l'autel pour faire un libre serment d'amour et de fidélité. Pourtant Édith n'était pas opprimée par des parents féroces. Un père barbare, une mère acariâtre ne forçaient pas son choix. On ne mettait pas d'autorité sa main pure et fine dans les griffes tordues par la goutte d'un vieillard obscène et monstrueux. Celui qu'elle allait épouser était un jeune homme, M. de Volmerange, beau, charmant et d'excellente famille, qui réunissait toutes les conditions faites pour plaire aux parents les plus positifs et aux jeunes filles les plus romanesques.
Elle avait même paru accepter volontairement les soins de M. de Volmerange, et, dans les entrevues qui avaient précédé l'arrangement de leur mariage, souvent ses yeux se tournaient vers le jeune comte avec une indéfinissable expression de mélancolie et d'amour. Mais, en général, la présence de M. de Volmerange causait à Édith un malaise et une inquiétude visibles seulement pour l'observateur, qui ne s'accordaient pas avec certains regards pleins d'un feu étrange pour une jeune fille d'ailleurs si modeste en apparence.
Haïssait-elle, aimait-elle M. de Volmerange? C'était un mystère difficile à pénétrer. Si elle ne l'aimait pas, pourquoi l'épousait-elle? Si elle l'aimait, pourquoi cette pâleur, pourquoi ces larmes, pourquoi cet abattement?
Édith, enfant unique, adorée de son père et de sa mère, n'avait qu'un mot à dire pour rompre cet hymen s'il lui déplaisait. Qui l'empêchait de dire ce mot? Tout autre mari proposé par elle eût été agréé de lord Harley et de sa femme, qui n'avaient d'autre but que le bonheur de leur fille chérie, et qu'aucun préjugé de caste n'eût décidé à la contrarier dans ses inclinations. Ils eussent accepté même un poète.
Quand les femmes d'Édith se furent acquittées de leur service, rendu plus long par l'inertie et la préoccupation de la jeune fille, qui se prêtait à peine à leurs soins, elle leur fit signe qu'elle était fatiguée et désirait rester seule quelques instants.
Aussitôt qu'elles se furent retirées, un coup porté discrètement avec le doigt, et qu'on aurait pu prendre pour ce petit bruit que fait derrière les tentures, en frappant la muraille de ses antennes, pour appeler sa femelle, cet insecte vulgairement nommé l'horloge de la mort, crépita dans l'angle de la chambre, à un endroit occupé par une porte condamnée.
En entendant ce bruit, qui devait être un signal, Édith tressaillit comme si elle n'eût pas été prévenue. Une vive expression d'anxiété se peignit sur sa figure, et elle se leva brusquement du fauteuil où elle s'était jetée.
Un second coup un peu plus fort, mais pourtant retenu, résonna au bout de quelques minutes.
La jeune fille fit quelques pas chancelants vers la porte, et appuya ses mains sur son cœur, dont les battements l'étouffaient.