Un troisième coup, sec, impérieux, et où le dépit semblait l'emporter sur la crainte d'être entendu d'une autre personne qu'Édith, annonça l'impatience du visiteur mystérieux.

La pauvre Édith déplaça un petit meuble qui masquait à moitié la fausse porte, et tira les verrous d'une main tremblante.

Une clef manœuvrée du dehors grinça dans la serrure, et le battant entre-bâillé et refermé aussitôt donna passage à un homme qui n'était pas M. de Volmerange.

Le personnage introduit d'une façon si singulière et si secrète chez une jeune fille qui, dans quelques heures, devait être la femme d'un autre, avait une physionomie dont il eût été difficile de trouver d'abord le caractère. Son teint légèrement olivâtre, d'un ton mat, faisait ressortir deux yeux singulièrement mobiles et dont l'expression était amortie à dessein; la bouche était bien coupée; mais les lèvres, minces et serrées, semblaient garder un secret, et la lèvre inférieure, fréquemment mordue, indiquait des élans comprimés et des soumissions nécessaires acceptées par la volonté, mais non par le sang. Le nez, trop fin dans son arête, trop pointu malgré sa correction, donnait au reste de la figure une expression d'astuce. C'était une de ces têtes auxquelles ou ne saurait reprocher aucun défaut, que l'on est forcé d'avouer belles, et qui pourtant produisent un effet de répulsion dont on ne peut se rendre compte. Cette figure attirait et repoussait à la fois par une espèce de grâce dangereuse et de charme inquiétant. Les couleurs qui brillent gaiement sur l'aile de l'oiseau prennent, sans perdre de leur éclat, sur la peau tachetée du reptile, une nuance malsaine et venimeuse qui fait qu'on admire et qu'on est effrayé. L'homme à qui miss Édith venait d'ouvrir cette porte condamnée pour tous était joli comme une vipère et charmant comme un tigre. Lui assigner un âge eût été difficile. Son front lisse n'offrait aucune de ces rides, aucun de ces plis au moyen desquels les dates s'écrivent sur la face humaine; il aurait paru sorti à peine de l'adolescence sans cette froideur glaciale et cette absence de spontanéité, signe d'une longue dissimulation; ce n'était pas un visage, c'était un masque.

Son vêtement était noir et brun d'une teinte neutre, et, quoique soigné dans un parti pris d'élégance austère, n'attirait l'œil par aucun détail visible et ne laissait dans la mémoire aucune trace.

Il y eut un moment de silence pénible; Édith, embarrassée, semblait attendre que l'inconnu prît la parole; mais celui-ci ne paraissait pas disposé à lui éviter cette peine. Son attitude était respectueuse plutôt par habitude prise que par déférence réelle, et il laissait tomber d'aplomb sur la jeune fille un regard de maître.

—Vous persistez donc, dit Édith en faisant un effort sur elle-même, à vouloir que je sois la femme de M. de Volmerange?

—Ce n'est pas à présent que je changerais d'avis; ce mariage est plus que jamais nécessaire.

—Vous savez cependant qu'il est impossible.

—Si peu impossible, que, dans deux heures, il sera fait.