La colère avait ramené les couleurs de la vie sur les joues d'Édith, et le feu de l'indignation, caché toute trace de pleurs dans ses yeux brûlants; le calme des résolutions suprêmes rassérénait son front.

Aussi, lady Harley, en attirant sa fille sur son cœur, lui dit-elle d'une voix caressante:

—Édith, mon enfant, je suis charmée de te voir sortie de l'abattement où tu étais plongée. Je craignais que ce mariage ne te déplût et qu'une vaine crainte de revenir sur ta résolution au dernier moment ne t'engageât seule à l'accomplir. Je n'aurais pas voulu qu'une considération mondaine compromît le bonheur de ta vie. Lord Harley, bien qu'il trouve dans M. de Volmerange toutes les qualités qu'on peut souhaiter d'un gendre, était venu avec moi dans l'idée de t'engager à ne pas former une union qui te trouble et t'agite à ce point. Au moment de serrer avec ton respectable père le lien qui nous rassemble, je n'éprouvai rien de pareil: une confiance inaltérable, une sérénité céleste, une joie calme et pénétrante emplissaient mon âme. Tel doit être le sentiment qui anime une jeune fille quand elle va s'unir à celui qu'elle accompagnera jusqu'au tombeau et qu'elle retrouvera dans l'éternité.

—Ma mère, répondit Édith en embrassant lady Harley, et vous, très cher et très honoré père, je vous remercie avec une gratitude profonde de ce que vous venez de dire, et je ne puis exprimer à quel point ces marques d'intérêt me touchent, mais vos inquiétudes ne sont point fondées. Rassurez-vous. Votre choix est le mien. Je trouve, comme vous, M. de Volmerange parfaitement né, plein de sentiments nobles et généreux, d'une élégance accomplie et d'une grâce parfaite. Je crois fermement que, si un homme peut sur terre rendre une femme heureuse, c'est lui...

Ici, Édith ne put tout à fait comprimer un soupir en désaccord avec le sens des paroles qu'elle proférait, et qui indiquait plutôt un regret qu'une espérance.

—J'aime M. de Volmerange..., continua Édith; je puis le dire devant vous, chers parents, et, au moment de marcher à l'autel, les larmes que j'ai pu verser, les tristesses auxquelles je me suis laissée aller n'étaient que des mélancolies de petite fille nerveuse, où il n'y avait de véritable que le chagrin de vous quitter.

—Tant mieux s'il en est ainsi, chère Édith; j'avais craint qu'une aversion secrète ne se cachât sous cette déférence à nos volontés.

—Donnez-moi un baiser, mon père, dit la jeune fille en présentant son front aux lèvres du lord Harley, qui l'attira sur sa poitrine.

Puis elle saisit la main de se mère et se pencha dessus avec effusion. Quelques sanglots étouffés firent tressaillir son corps; mais, lorsqu'elle se releva, sa figure avait repris son expression de calme.

On annonça M. de Volmerange.